Les grou­pes Polyglop et Warzazatte s’asso­cient pour vous pro­po­ser une ren­contre musi­cale excep­tion­nelle : « Partant de l’idée de par­ta­ger la scène du Toï-Toï, nous avons sou­haité donner à cet événement une tona­lité sin­gu­lière, explo­rant des che­mins artis­ti­ques qui n’étaient pas donnés de prime abord ».

Nous vous pro­po­sons de vivre une ren­contre plu­rielle et sin­gu­lière et de venir fêter la musi­que comme une pra­ti­que plus que jamais uni­ver­selle et huma­niste.

Polyglop joue une musi­que du monde de brousse, de ville très ... "électrik". Forte de ses 10 musi­ciens, la for­ma­tion invi­tera à cette occa­sion la sec­tion cuivre d’Artis (www.artis-mbc.fr) pour une créa­tion exclu­sive et explo­sive !

Warzazatte pour­suit sa quête d’un folk­lore moderne nour­rit par le rock et le jazz confron­tant ses thèmes sen­si­bles à des tran­ses brui­tis­tes et sau­va­ges. Le duo Monségu-Tron (http://www.anti­quarks.org/) se join­dra au groupe pour arpen­ter de nou­vel­les pistes musi­ca­les et sono­res.

TOÏTOÏ, LE ZINC 17-19, rue Marcel Dutartre 69100 Villeurbanne PAF 5/8 Euros


Patrick Labesse, jour­na­liste au quo­ti­dien Le Monde, a vu Antiquarks en concert à Paris

Les inven­tions folles d’Antiquarks

Ils chan­tent dans une langue bizarre, pas fran­che­ment fami­lière, inconnue même. C’est normal, cette langue est de la pure inven­tion. Ils uti­li­sent une vielle électroacoustique et un cor d’har­mo­nie. Ils inven­tent des mélo­dies peu pra­ti­ques à chan­ter sous la douche, tri­co­tent un swing sin­gu­lier, une esthé­ti­que dif­fi­ci­le­ment clas­sa­ble, hors norme.

Sur la scène des musi­ques actuel­les, le quar­tet fran­çais Antiquarks dénote par son ori­gi­na­lité, ses purs ver­ti­ges, ses folles inven­tions. Les com­po­si­tions explo­rent tous les hori­zons, plus ou moins loin­tains : des échos d’Afrique y réson­nent, mais cou­rent également les liber­tés du jazz et des influen­ces bré­si­lien­nes ou occi­ta­nes.

Après un mois passé au Théâtre des déchar­geurs, à Paris, le groupe formé autour du duo réu­nis­sant Richard Monségu - chant ample et habité, bat­te­rie, per­cus­sions - et Sébastien Tron - vielle électroacoustique, cla­viers, tru­ca­ges sono­res – est sur la route pour pré­sen­ter l’album Cosmographes, le second com­posé par le tandem à l’ori­gine d’Antiquarks. Les titres des mor­ceaux - Ibn Isefra, Epaming Astra, Perspicilli... - ne ren­sei­gnent guère sur le sens des mots. Les gaillards ne sont pas les pre­miers à s’offrir cette coquet­te­rie de lan­gage non réper­to­rié. Il y a eu Magma et son fameux kobaïen, ou bien le trio fran­çais Ekova, l’Antil-lais Julien Jacob. D’autres encore.

Inventer une langue ? Quelle idée far­fe­lue et sau­gre­nue ! Pas si sûr. L’exer­cice ouvre des espa­ces de liberté iné­dits pour un musi­cien. Et n’allons pas croire que tout cela ne signi­fie rien. C’est le son, le bruit des mots qui font sens. La tex­ture sonore pro­po­sée par Antiquarks trouve son ori­gi­na­lité dans leur parler énigmatique mais également dans l’alliage des cou­leurs ins­tru­men­ta­les.

Un cor d’har­mo­nie ? Carrément un ovni dans le pay­sage des musi­ques dites "actuel­les". Une vielle à roue aussi, encore que depuis quel­ques années on ait vu plu­sieurs musi­ciens très créa­tifs dépous­sié­rer cet ins­tru­ment patri­mo­nial, dont l’ori­gine remonte au Moyen Age où il fut d’abord un ins­tru­ment de cour, avant de deve­nir celui des gueux et des men­diants. Les pas­seurs moder­nes de la vielle en ont fait un objet à musi­que aux argu­ments fran­che­ment contem­po­rains, l’on débar­ras­sée de sa trop encom­brante image folk­lo­ri­que en uti­li­sant tout le poten­tiel et les sub­ti­li­tés de l’électronique.

UN MONDE À PART

Avec sa vielle électroacoustique, Sébastien Tron, à l’instar, par exem­ple, des Français Valentin Clastrier et Marc Anthony, ou de l’Espagnol German Diaz, crée un monde à part, une matière sonore avant-gar­diste. La vielle à roue cha­hu­tée d’effets électroniques prend une dimen­sion épique, devient un ins­tru­ment aux res­sour­ces musi­ca­les infi­nies, auda­cieu­ses même. Et permet toutes les fan­tai­sies. La fan­tai­sie ? Une clé très pré­cieuse en musi­que pour réveiller un ima­gi­naire ensom­meillé.

En concert. Le 13 février, à Sigean (Aude) ; le 15, à Rumilly (Haute-Savoie) ; le 17, salle des Rancy, à Lyon (Rhône) ; le 25, à Payzac (Ardèche) ; le 1 mars, à Annonay (Ardèche) ; le 3, au Hot Club Jazz ; le 18 au 6ème Continent, à Lyon ; le 19 , à La Reine blan­che, à Paris ; le 20, à Beauvais (Oise) ; le 23, à Vénissieux (Rhône) ; le 1er avril, à Carcassonne (Aude), etc.

CD Cosmographes/Athos Production - L’Autre Distribution

Patrick Labesse
Article paru dans l’édition du diman­che/Lundi 13 et 14 février 2011


Parmi les points de vue sur la puis­sance créa­trice d’Antiquarks, nous vous infor­mons du bel arti­cle du socio­lo­gue et phi­lo­so­phe Philippe Corcuff paru dans Médiapart en avril 2011.

Antiquarks : une musique altermondialiste sociologiquement improbable

Avec son deuxième album Cosmographes, le groupe Antiquarks ouvre des sen­tiers indis­so­cia­ble­ment tra­di­tion­nels et moder­nes à une pop inter­ter­res­tre, étrangement nour­rie de réfé­ren­ces à la socio­lo­gie de Pierre Bourdieu...

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« l’uto­pisme ration­nel, capa­ble de jouer de la connais­sance du pro­ba­ble pour faire adve­nir le pos­si­ble »

Pierre Bourdieu, « Comment libé­rer les intel­lec­tuels libres ? », entre­tien avec Didier Eribon, Le Monde Dimanche, 4 mai 1980, repris dans Questions de socio­lo­gie, Paris, Les éditions de Minuit, 1980, p.78.

Richard Monségu (chant, voix, bat­te­rie, bendir, tama, gellal, tam­bours, guim­barde, clo­ches, sif­flets et gongs sur Cosmographes), âme enra­ci­née dans les ter­roirs du Sud-Ouest et pour­tant déter­ri­to­ria­li­sée du groupe Antiquarks, a ren­contré sur son par­cours artis­ti­que et intel­lec­tuel les peti­tes lumiè­res de la raison socio­lo­gi­que, tout par­ti­cu­liè­re­ment celles de Pierre Bourdieu met­tant en garde vis-à-vis des pré­ten­tions impé­ria­lis­tes de la raison rai­son­nante quant aux mou­ve­ments pra­ti­ques du corps. De ces inter­fé­ren­ces rares entre une musi­que sans paro­les, mais non sans voix, et une dis­ci­pline savante, mais se défiant de la toute-puis­sance du savant, sont nées des explo­ra­tions musi­ca­les impro­ba­bles.

Cosmographes, deuxième album du groupe, en déploie la variété des cou­leurs : entre tech­ni­ci­tés et inven­ti­vi­tés, ins­tru­ments tra­di­tion­nels et sono­ri­tés électriques, ambian­ces popu­lai­res et regis­tres savants, musi­ca­li­tés du Sud et ryth­mes du Nord, dans une réin­ven­tion de la tra­di­tion sup­po­sant des va-et-vient entre moder­ni­sa­tion de l’ances­tral et mise en sagesse du moderne. Un album de métis­sa­ges mul­ti­ples et entre­croi­sés à la décou­verte de ce que Richard Monségu appelle des « savants popu­lai­res ».

Entre mytho­lo­gies et pre­miè­res connais­san­ces scien­ti­fi­ques de l’uni­vers infini des pla­nè­tes, Cosmographes se pré­sente alors comme une invi­ta­tion au voyage, aux voya­ges : voya­ges de l’art, des scien­ces et de la poli­ti­que, acti­vant l’ima­gi­na­tion sans perdre nos enra­ci­ne­ments. L’utopie est bien en jeu, mais pas au sens d’un ailleurs com­plè­te­ment déconnecté d’ici bas. Plutôt un ailleurs de l’ici bas, à partir de l’ici bas : le jeu des contra­dic­tions du réel et de leur trans­for­ma­tion révo­lu­tion­naire chez Marx, celui des contrain­tes du pro­ba­ble et des ouver­tu­res du pos­si­ble chez Bourdieu. Pas un ima­gi­naire tota­le­ment en-dehors des sinuo­si­tés du réel, mais en prises avec le réel (impli­quant luci­dité, cons­cience des fra­gi­li­tés et action). C’est pour­quoi la pop inter­ter­res­tre d’Antiquarks se pré­sente comme une des pre­miè­res musi­ques alter­mon­dia­lis­tes au sens plein : une façon d’explo­rer « d’autres mondes pos­si­bles » que « le monde mar­chan­dise » à partir de nos atta­ches aux mondes exis­tants.

« un divorce intel­lec­tua­liste sans équivalent dans aucune des gran­des civi­li­sa­tions : divorce entre l’intel­lect, perçu comme supé­rieur, et le corps, tenu pour infé­rieur [...] bref, entre tout ce qui res­sor­tit véri­ta­ble­ment à l’ordre de la culture, lieu de toutes les subli­ma­tions et fon­de­ment de toutes les dis­tinc­tions, et tout ce qui appar­tient à l’ordre de la nature, fémi­nine et popu­laire. Ces oppo­si­tions, qui se retra­dui­sent en toute clarté dans le dua­lisme car­di­nal de l’âme et du corps (ou de l’enten­de­ment et de la sen­si­bi­lité), s’enra­ci­nent dans la divi­sion sociale entre le monde économique et les uni­vers de pro­duc­tion sym­bo­li­que. »

Pierre Bourdieu, Méditations pas­ca­lien­nes, Paris, éditions du Seuil, 1997, pp.34-35.

Les voya­ges métis­sés et épicés dans les­quels nous entraîne Cosmographes impli­quent de bous­cu­ler nos évidences, comme les cou­pu­res sup­po­sées irré­mé­dia­bles entre l’intel­li­gi­ble et le sen­si­ble ou le cultu­rel et le popu­laire. Se res­sai­sir des popu­lai­res aujourd’hui (des popu­lai­res ici, sou­vent folk­lo­ri­sés, ou les popu­lai­res de là-bas, colo­nia­li­sés) ne peut pas éviter la connais­sance des contrain­tes de la domi­na­tion, et notam­ment des diver­ses formes d’illé­gi­ti­ma­tion des cultu­res popu­lai­res. Mais cela passe aussi par des appren­tis­sa­ges pra­ti­ques, que la connais­sance socio­lo­gi­que ne peut rem­pla­cer. Et puis, si l’on suit Bourdieu, une des formes supé­rieu­res d’intel­li­gi­bi­lité appelle peut-être la prise en compte des limi­tes de l’intel­li­gi­ble redon­nant toute sa place au sen­si­ble. Or, jus­te­ment, Cosmographes nous bal­lote sans arrêt dans ses che­mi­ne­ments, entre éclairs d’intel­li­gi­bi­lité sur « d’autres mondes pos­si­bles » et fré­mis­se­ments du sen­si­ble. Quand la chair fait redes­cen­dre la chaire sur le plan de nos huma­ni­tés ordi­nai­res...

« Il est trop évident que l’on ne doit pas atten­dre de la pensée des limi­tes qu’elle donne accès à la pensée sans limi­tes »

Pierre Bourdieu, Leçon sur la leçon, Paris, Les éditions de Minuit, 1982, p.23.

Cosmographes s’efforce donc de déver­rouiller les ter­ri­toi­res de l’infini, sans pour autant pré­ten­dre (sur­tout pas !) sur­mon­ter les fai­bles­ses humai­nes. Ouverture à l’illi­mité et cons­cience des limi­tes : la mise en ten­sion est pro­duc­trice de désé­qui­li­bres et de décou­ver­tes. Elle nour­rit un esprit d’explo­ra­teur.

Face aux contrain­tes uni­for­mi­sa­tri­ces et iné­ga­li­tai­res du « monde mar­chan­dise », la frus­tra­tion et la souf­france cons­ti­tuent sou­vent des pas­sa­ges obli­gés de la révolte. Mais si l’on en reste là, la révolte peut s’abîmer dans les aci­di­tés de la ran­cœur et les pul­sions auto­des­truc­tri­ces du res­sen­ti­ment. Pour passer de la révolte à l’émancipation, il faut aussi acti­ver les puis­san­ces créa­tri­ces de l’ima­gi­na­tion, intime et col­lec­tive.

La poli­ti­que est encore fré­quem­ment domi­née par un voca­bu­laire viri­liste l’assi­mi­lant au seuls « rap­ports de forces » et « com­bats », néces­sai­res mais impuis­sants à eux seuls à faire émerger « d’autres mondes pos­si­bles » des contra­dic­tions du réel exis­tant. Plutôt que de conti­nuer à être obnu­bi­lés par un voca­bu­laire marqué par nos visions socio-his­to­ri­ques du « mas­cu­lin », Cosmographes, dans son lan­gage pro­pre­ment musi­cal à portée poli­ti­que, pointe une autre piste : et si nous métis­sions davan­tage les pos­tu­res et les voca­bu­lai­res en regar­dant aussi du côté de nos visions socio-his­to­ri­ques du « fémi­nin » : l’explo­ra­tion, le tâton­ne­ment, la caresse, l’ima­gi­na­tion... ?

Pour mieux connaî­tre Antiquarks et leur album Cosmographes (extraits musi­caux, dates de concerts, presse, etc.), leur site s’ins­crit dans l’esprit aéré et aérien de leur pop inter­ter­res­tre : http://www.anti­quarks.org/ .


le titre "COSMOGRAPHES" de l’album du même nom sorti le 31 jan­vier 2011 entre en play­list sur TROPIQUES FM (La radio locale de Bourg-en-Bresse et des Pays de l’Ain) !


Mundofonías est une émission autour des musi­ques du monde entier sur RNE, la Radio National d’Espagne.

Leur slogan :

Músicas de todo el mundo... para todo el mundo Music from all over the world... world­wide

Présentée par Juan Antonio Vázquez et Araceli Tzigane, deux heures par semai­nes, les com­pè­res ont décidé de join­dre leurs forces pour faire décou­vrir des musi­ques de créa­tion iné­di­tes du monde entier.

Mundofonías col­la­bore régu­liè­re­ment avec les RTBF (Radio Nationale Belge en fran­çais), et orga­nise la pro­mo­tion de la musi­que live à tra­vers des concerts de musi­que du monde, en col­la­bo­ra­tion avec salles, fes­ti­vals, muni­ci­pa­li­tés...


Antiquarks accom­pa­gne et arrange un réper­toire de chan­sons pour un choeur !

Evelyne Lagarde (chef du Choeur de Val de Saône) veut rele­ver le défi des cou­leurs musi­ca­les en choi­sis­sant pour accom­pa­gner ses 180 cho­ris­tes le groupe Antiquarks, « quatre musi­ciens en per­pé­tuelle recher­che de sono­ri­tés et ryth­mes ori­gi­naux, de voix, d’espace, en un mot, d’har­mo­nie uni­ver­selle » (E. Lagarde).

Pour cet événement sin­gu­lier dans la car­rière d’Antiquarks, Richard Monségu et Sébastien Tron ont arrangé leur célè­bre chan­son « Le Moulassa » pour 180 cho­ris­tes.

Rendez vous le 1er et 2 décem­bre 2011 à 20h30, le 3 décem­bre à 17h et 21h. Certes la salle est grande (1000 places) mais il ne reste que quel­ques dizai­nes de place les soirs de concert. Pensez à réser­ver !

  • Direction du choeur & Conception du spectacle : Evelyne Lagarde
  • . Arrangements choeur : Jean Claude Oudot (Choeurs de France), sauf Le Moulassa par Richard Monségu et Sébastien Tron
  • . Arrangements musicaux : Antiquarks
  • . Batterie, voix, mélodica, guitare acoustique, kena, tama : Richard Monségu | Claviers, samplers, piano, vielle électro, bandes
  • acousmatiques : Sébastien Tron | Basse : Jean Claver Tchoumi « Chouchoubass » | Guitare électrique, cithare, cor, percussions :
  • Guillaume Lavergne
  • . Choeur : 180 choristes du Choeur de Val de Saône
  • . Production : Choeur de Val de Saône


Solénoïdedevrait une vous ras­su­rer quant à la "qua­lité" de la créa­tion hexa­go­nale ! Ce nou­veau pano­rama sonore exclu­si­ve­ment fran­çais va vous per­met­tre de visi­ter un monde hété­ro­clite peuplé de musi­ciens cinéas­tes et d’ins­tru­men­tis­tes cha­ma­nes, tous unis par un goût immo­déré de l’illus­tra­tion et de l’iti­né­rance musi­cale.
Au pro­gramme : VAZYTOUILLE, VELVELJIN, ANTIQUARKS, AL QUETZ, HUGO KANT, QUARTIERS ROUGES, PICORE, DOCTOR FLAKE, LES PELVIS ENRAGES. http://www.sole­no­pole.org/bou­cle22.htm

Diffusion de Solénoïde : ALIGRE FM Paris / Ile-de-France - HDR Rouen - C’ROCK Radio Vienne - L’EKO DES GARRIGUES Montpellier - Radio CAMPUS Clermont-Ferrand - Radio CAMPUS Tours - RTF Limoges - YOUFM Mons (Belgique) - L’AUTRE RADIO Château -Gontier - FMR Toulouse - Eur@dioNantes - RESONANCE Bourges - Radio PRIMITIVE Reims - Radio PANIK Bruxelles - Radio BALLADE Espéraza - Radio PERIGUEUX 103 - QUADRIVIUM Radio Marseille. "Solénoïde" is a mul­ti­dif­fu­sion pro­gram which is broad­cas­ted on 15 french and 2 bel­gian sta­tions.


French Radio London, La pre­mière radio de Londres qui parle fran­çais dif­fuse 4 mor­ceaux de l’album "Cosmographes".


Samedi 24 sep­tem­bre – Le jour du concert

Le concert est pro­grammé ce soir, à 19 heures, au Conservatoire National d’Ashgabat.

La salle est un très gros volume, qui nous fait penser à une église moderne. Il y a une réver­bé­ra­tion natu­relle de 4 secondes. Un orches­tre peut y jouer au maxi­mum un mezzo forte. Le rec­teur nous expli­que qu’il n’en existe que deux dans le monde. La seconde est en Bulgarie. Celle d’Ashgabat fut cons­truite en 1982 pour accueillir un orgue géant (qui n’y est plus).

Comme dans tous les lieux ins­ti­tu­tion­nels, il y a un immense por­trait du pré­si­dent.

Le par-terre com­porte envi­ron 350 places, et est sur­plombé d’un dégradé de bal­cons cubi­ques type Lecorbusier (mais sur le tard). Le pla­fond est très haut, la scène est en par­quet.

Bref, nous avons du pain sur la plan­che pour contrô­ler l’acous­ti­que de cette salle d’orgue.

Nous avions déjà prévu des modi­fi­ca­tions de notre set et du réper­toire à Lyon, avant de partir, grâce à des photos de cette salle.

En la visi­tant dans la semaine, nous avons décidé d’uti­li­ser le piano à queue de concert Estonia qui trône au milieu de la scène même s’il est accordé trop bas (437 Hz alors que nous jouons habi­tuel­le­ment à 442 Hz).

Nous arri­vons à 12 heures. La gazelle (le camion) est bien rem­plie. Déchargement avec toute l’équipe du CCF. Pour s’adap­ter à la confi­gu­ra­tion du lieu, on décide :

  • de jouer très proches les uns des autres,
  • de ne pas envoyer la masse sonore habituelle,
  • de ne pas utiliser de grosse caisse (de toute façon, Richard ne peut pas la jouer en ce moment),
  • moins de cordes pour la vielle,
  • plus de morceaux où Richard chante sur le devant de la scène
  • utilisation maximum du piano acoustique pour Guillaume

Arrivée du maté­riel tech­ni­que du loueur avec 2 tech­ni­ciens très atten­tifs et ave­nants, malgré le bar­rage de la langue. Pour ne pas mul­ti­plier le nombre d’encein­tes, nous joue­rons sans retours avec une dif­fu­sion sonore der­rière nous.

18h45, ouf, nous sommes prêts !

C’est l’effer­ves­cence dans les cou­loirs devant la porte d’entrée. Nous enfi­lons nos mar­cels et nos belles che­mi­ses blan­ches ache­tés l’après midi par Sarah au Ruska Bazar (bazar russe). Richard et Sébastien por­tent la Takhia turk­mène sur la tête. Joker pour Guillaume, ça ne tient pas sur la gouffa !

19 heures, c’est parti. Présentation en russe de l’ambas­sa­deur de France, puis du rec­teur du conser­va­toire. Nous voici repré­sen­tants de la France au Turkménistan ! Quelques invi­tés pres­ti­gieux au pre­mier rang, dont l’ambas­sa­deur d’Arabie Saoudite. L’assem­blée est com­po­sée de turk­mè­nes, de russes, de fran­çais (malgré le bar­be­cue Bouygues qui a aussi lieu ce soir). Il y a envi­ron 400 per­son­nes.

La che­mise et la Takhia font sen­sa­tion à notre entrée sur scène. Dès les pre­miers mor­ceaux, nous sen­tons le public à l’écoute, atten­tif. Les applau­dis­se­ments et les cris sont cha­leu­reux. Richard se sent bien à la voix. Elle monte en puis­sance au fil du concert. Le public appré­cie ses inter­ven­tions humo­ris­ti­ques entre les mor­ceaux, tra­dui­tes par notre ami rus­so­phone du CCF. L’ambiance est déten­due. Le public accom­pa­gne spon­ta­né­ment des mains les moments les plus ryth­més.

Même si tout se passe bien, nous lut­tons avec l’acous­ti­que du lieu, qui nous incite sou­vent à inter­pré­ter notre réper­toire de façon très inti­miste. Les silen­ces musi­caux ont leur place ici, la nuance triple piano aussi. Nous sommes loin des salles de musi­ques actuel­les !

Le concert se ter­mine déjà, nous avons joué une heure et demie. Nous sommes sur­pris qu’il n’y ait pas de rappel, mais ici les gens ren­trent tôt et nous avons joué plus long­temps que prévu. Sarah vient nous cher­cher très rapi­de­ment pour des séan­ces photo cocas­ses, avec télé­phone por­ta­bles, camé­ras. Ça enchaîne rapi­de­ment, il y a beau­coup de sol­li­ci­ta­tions, de sou­ri­res, de plai­sir. Nous sommes féli­ci­tés par l’ambas­sa­deur de France.

Rangement express avant de se rendre dans l’un des seul endroit d’Ashgabat ouvert après 23 heures, pour fêter ensem­ble la fin de cette intense semaine !

Dimanche 25 sep­tem­bre – Les adieux

Un repos bien mérité le matin. L’après midi, nous pre­nons le temps de la pre­mière « vraie » visite au bazar Russe. Shopping pour cer­tains, glan­douille pour d’autres. Nous nous mar­rons bien avec les ven­deurs, et avec l’équipe.

Pour ter­mi­ner en beauté, un pot est prévu avec tous les musi­ciens qui ont par­ti­cipé aux ate­liers du CCF. Nous avons amené des affi­ches pour les dédi­ca­cer et il y a beau­coup d’émotion. Puis la sur­prise : nous rece­vons un « Grammy » de leur part. Dessus il y a marqué : « We’ll always keep you in our hearts. Turkménistan 2011 ». Ils sont vrai­ment ado­ra­bles !

Nous par­ta­geons des gâteaux et des plats pré­pa­rés par chacun. C’est l’abon­dance. Certains gâteaux sont énormes, dont le fameux « sni­ckers cakes » (rien à voir avec les sni­ckers…). Les com­pli­ments à notre égard sont nom­breux et nous les encou­ra­geons à se revoir. Au départ, la plu­part ne se connais­saient pas. Des affi­ni­tés se sont créées entre eux, il ne leur reste plus qu’à renou­ve­ler cette expé­rience. Le CCF pour­rait peut-être mettre une salle à dis­po­si­tion. Nous en serions très heu­reux !

C’est le moment des adieux. Déchirants. Certains pleu­rent. Tout le monde est ému. Quelle aven­ture humaine !

C’était Antiquarks à Ashgabat. Rendez-vous très bien­tôt sur notre site pour le repor­tage vidéo d’Antoine Meyer qui nous a suivi tout au long de ce péri­ple. Merci Antoine. Nous remer­cions également toute l’équipe du CCF d’Ashgabat. Leur dis­po­ni­bi­lité était très agréa­ble et nous a touché. Enfin, nous remer­cions cha­leu­reu­se­ment Sarah Battegay, notre chère mana­geuse et Laetitia Barbe, l’atta­chée cultu­rel à l’ambas­sade de France.

Richard, Sébastien et Guillaume.


« Je suis Guillaume, la troi­sième voix du récit de notre voyage au Turkménistan.

Jeudi 22 sep­tem­bre

Nous repre­nons le tra­vail sur « Nyaralé » avec le pre­mier groupe du matin. C’est un mor­ceau écrit par Richard et Seb pour un ate­lier qu’ils ani­ment à Lyon (Poyglop). Il est par­fai­te­ment adapté aux niveaux dis­pa­ra­tes des musi­ciens qui for­ment notre ensem­ble. Nous leur appre­nons les accords (ils maî­tri­sent déjà bien le tempo et le thème) pour que cer­tains puis­sent impro­vi­ser.

Leur manière d’inter­pré­ter le mor­ceau est encore timide et fra­gile, mais la concen­tra­tion qui se dégage d’eux quand ils jouent, et l’heure mati­nale, lui donne un carac­tère évanescent et oni­ri­que.

Nous déci­dons, pour le deuxième groupe, de jouer un nou­veau mor­ceau : Toubaboutyé (également pris dans le réper­toire de Polyglop). Viennent s’ajou­ter au groupe une « guim­bar­diste » et une chan­teuse. On modèle le mor­ceau pour que la guim­barde trouve sa place et Richard pro­pose à la chan­teuse d’inven­ter des paro­les. L’expé­rience se ter­mine avec la « guim­bar­diste » qui s’enfuit la bouche en sang d’avoir trop « guim­bardé » et des paro­les natio­na­les (« Mon Turkménistan, longue vie à toi ») qu’on nous colle sur le thème en guise d’impro­vi­sa­tion.

Quelques impres­sions et anec­do­tes sur­gis­sent pen­dant le repas (on ne fait pas que bosser) : une cohorte de chats famé­li­ques et mai­grou­lets se pointe. Dans le tas il y en a un tout petit, le poil d’un blanc dou­teux et qui louche comme Hermeto Pascoal des deux yeux qu’il a immen­ses et verts. Il regarde un des tra­duc­teurs qui fait des grands gestes en débi­tant les exer­ci­ces de dic­tion qu’accom­plis­sent les acteurs russes avant de monter en scène. C’est pas des trucs à faire quand on mange !

Vendredi 23 sep­tem­bre

Nous nous ren­dons à la der­nière ren­contre musi­cale prévue avec les musi­ciens du conser­va­toire.

Les deux pre­miè­res m’avaient laissé un drôle de goût. Je ne pigeais pas l’enjeu de la ren­contre avec ces musi­ciens. Comment trou­ver un ter­rain de jeu ? J’aurais ten­dance à penser que cet espace ne peut deve­nir un vrai bazar vivant que par l’impro­vi­sa­tion (j’entends par ce terme que les musi­ciens qui nous font face sont de vrais chats sur leurs ins­tru­ments, extrê­me­ment sou­ples et habi­les et que nous n’avons pas peur du brou­haha).

Malheureusement on n’a pas le temps d’une telle explo­ra­tion, d’autant plus que la men­ta­lité musi­cale d’un conser­va­toire est la même au Turkménistan qu’en France : fais gaffe aux codes, petit ! (heu­reu­se­ment nous avons des alliés dans leur groupe qui, par leur bonne humeur et leur sym­pa­thie ten­tent de faire une entorse à cette sen­tence). Lors des deux pre­miè­res séan­ces, j’uti­li­sais la gui­tare électrique, les ins­tru­ments turk­mè­nes (le dutar et le gidjak) sont à cordes également, mais cette manie d’impo­ser la gui­tare électrique dans les ensem­bles acous­ti­ques me semble sus­pecte et je n’étais pas à l’aise pour jouer (Ry Cooder me gonfle).

C’est lors de la troi­sième ren­contre que les élèves et pro­fes­seurs avec qui nous jouions m’ont mieux fait appré­hen­der leur musi­que en variant les formes. J’en repère 4 : une dans laquelle les ins­tru­ments jouent exac­te­ment le chant du Bakchi (cer­tai­nes par­ties tota­le­ment aryth­mi­ques du chant sont jouées à l’iden­ti­que ; je dis aryth­mi­que parce que les musi­ciens ne bat­tent plus le tempo avec leur pied durant ces pério­des du chant) et incluant des rup­tu­res bru­ta­les de tempo et d’accords dans le dérou­le­ment du mor­ceau ; une seconde forme pro­po­sée par un bakchi plus âgé et qui m’a semblé avoir une struc­ture plus linéaire et un chant moins « fou » ; une troi­sième chan­tée par un musi­cien qui n’est pas bakchi (donc plus pro­fane) et une qua­trième jouée au synthé, avec une boîte à rythme que Seb appelle « Zappa-Bakchi ». Cette séance fut donc pour moi et pour la musi­que qu’on a réussi à créer avec ces musi­ciens un très bon sou­ve­nir. Il faut que j’y aille on doit répé­ter pour le concert de demain. »

Guillaume Lavergne


Mardi 20 sep­tem­bre

Il est 10 heures (7 heures, heure fran­çaise).

Nous avons rendez-vous au Centre Culturel Français, avec le loueur pour récep­tion­ner et véri­fier qu’il a bien le maté­riel tech­ni­que demandé pour les ate­liers. Le sus­pens est com­plet car le Centre Culturel Français a cher­ché par­tout et nous a dit que nos deman­des n’étaient pas du tout le stan­dard ici.

Tout va très vite, ils arri­vent à quatre et com­men­cent immé­dia­te­ment à ins­tal­ler. A l’aide du tra­duc­teur, nous fai­sons le point. Le res­pon­sa­ble ne me ras­sure pas en m’expli­quant qu’il est reven­deur Berhinger au Turkménistan. Mais en ouvrant les car­tons, c’est une bonne sur­prise : 80 % du maté­riel est neuf. La loca­tion n’est pas le fonc­tion­ne­ment habi­tuel ; en géné­ral, il faut ache­ter. Il y a fina­le­ment des micros SM57 et SM58, les grands clas­si­ques de chez Shure. Il faudra cepen­dant se conten­ter du kit d’encein­tes ampli­fiées JBL. On fera avec bien sûr !

Le pre­mier groupe cons­ti­tué suite à la ren­contre de la veille arrive petit à petit.

Nous avons regroupé les musi­ciens qui jouent ou sont atti­rés par la musi­que électrique : deux gui­ta­ris­tes électriques, che­veux longs, le ban­dana au poi­gnet et le T-shirt assorti. L’un d’entre eux arrive direc­te­ment du tra­vail, sans avoir eu le temps de passer pren­dre son ins­tru­ment. Guillaume lui prête sa gui­tare, une Custom 77. En échange de ce « tro­phée », il lui rend un sou­rire excité puis arrête son regard sur nos péda­les d’effets pour voir s’il les connaît.

A la gui­tare électroacoustique, il y a un beau blond, cos­taud et taillé comme un russe. Il nous pré­cise qu’il joue aux doigts. Ils aiment tous les trois le rock, la pop et le métal. Ils n’ont pas amené d’ampli, les jacks sont beau­coup trop courts pour aller à la sono, mais on a prévu des câbles en plus, ouf !

Une jeune pia­niste clas­si­que, qui parle très bien fran­çais, arrive de l’école avec deux belles lon­gues nattes sous le cha­peau tra­di­tion­nel « Takhya » et une longue robe verte que por­tent toutes les élèves jusqu’à la fin du lycée (rouge pour les étudiantes à l’uni­ver­sité).

Le bouche à oreille a déjà fonc­tionné depuis hier et nous avons quel­ques spec­ta­teurs.

Tout le monde est concen­tré. Richard, Guillaume et moi leur pro­po­sons un mor­ceau ter­naire, basé sur un bour­don. L’appren­tis­sage de la ligne d’accom­pa­gne­ment et du thème se fait sans par­ti­tion, ils ont le reflexe de regar­der com­ment fait leur voisin plutôt que de mémo­ri­ser. C’est l’occa­sion de parler de l’ora­lité et de notre façon de tra­vailler. La tra­duc­trice s’accro­che pour le voca­bu­laire musi­cal et imagé que nous uti­li­sons, mais visi­ble­ment tout le monde suit et l’ambiance est très bonne. Richard n’en rate pas une ! Le temps passe vite et c’est déjà fini pour aujourd’hui.

Petite pause avant le deuxième ate­lier : depuis la cour, nous les enten­dons jouer quel­ques clas­si­ques inter­na­tio­naux comme Hotel cali­for­nia du groupe Eagles ou Spanish Caravan des Doors.

Le deuxième groupe est plus acous­ti­que : une jeune ado­les­cente accom­pa­gnée de sa mère, une actrice qui écrit des chan­sons, une pia­niste qui pige tout très vite et un jeune joueur de dutar qui accep­tera sans hési­ter de faire un solo…mais à la voix ! Frissons garan­tis.

Antoine (notre repor­ter vidéaste) se fait oublier, mais il est bien là.

14h. Sarah, notre mana­geuse, a orga­nisé un repas express sur place, du plof. Aussitôt ter­miné, nous plions et char­geons le maté­riel dans la « gazelle » (un camion bâché qui nous sert aussi de taxi), direc­tion le Conservatoire National d’Achgabat.

Richard est parti en avance avec l’équipe du CCF pour ren­contrer le direc­teur du conser­va­toire. Il a troqué le fau­teuil rou­lant contre les béquilles, pas le temps de se repo­ser.

C’est un amphi­théâ­tre avec deux grands pianos à queue de concert, pres­que justes. Une petite table de mixage, quatre encein­tes et quatre micros sont déjà ins­tal­lés. L’ambiance est très dif­fé­rente du matin. La plu­part des élèves pré­pa­rent une parade car le pays fêtera les 20 ans de son indé­pen­dance en octo­bre pro­chain. C’est donc une délé­ga­tion de musi­ciens que nous ren­controns, uni­que­ment des hommes : six joueurs de dutar (l’ins­tru­ment tra­di­tion­nel natio­nal), deux joueurs de gidjak (« vio­lo­phone » joué ver­ti­ca­le­ment) et un per­cus­sion­niste (dar­bouka). Ils por­tent tous une élégante che­mise blan­che, avec une cra­vate, un pan­ta­lon droit en toile noire, des mocas­sins et le petit cha­peau tra­di­tion­nel.

Ils com­men­cent par nous jouer quel­ques mor­ceaux et nous com­pre­nons clai­re­ment qu’ils se deman­dent bien ce que l’on va faire ensem­ble. Il faut tra­duire du fran­çais au russe, et du russe au turk­mène, et vice et versa… Richard trouve une porte d’entrée en leur pro­po­sant de faire un bour­don au milieu de leur mor­ceau pour que je fasse une impro­vi­sa­tion à la vielle à roue. Les regards chan­gent petit à petit. Nous échangeons cour­toi­se­ment sur nos ins­tru­ments res­pec­tifs et leurs spé­ci­fi­ci­tés.

En quel­ques mots, le dutar est un luth à deux cordes, à caisse piri­forme. La corde grave (accor­dée ici en mi) est à la quarte infé­rieure de la corde aigue (ici en la). L’ins­tru­ment est chro­ma­ti­que avec un ambi­tus d’une octave (douze cases fret­tées sur le manche). Ils nous expli­quent que leur tona­li­tés pré­fé­rées sont « la », « si » et « do ».

Les huit musi­ciens jouent pres­que tout le temps la mélo­die à l’unis­son, avec une mul­ti­tude d’orne­men­ta­tions écrites et une vir­tuo­sité maî­tri­sée, tant tech­ni­que que véloce. L’un d’entre eux, le pro­fes­seur de dutar, est aussi com­po­si­teur. Ils répon­dent tous qu’ils sont là par voca­tion (il faut huit ans d’études musi­ca­les avant de pou­voir entrer au Conservatoire National).

Après une heure nous arri­vons à leur pro­po­ser un thème d’Antiquarks qu’ils s’appro­prient rapi­de­ment. Richard envoie des impro­vi­sa­tions voca­les, Guillaume alterne entre la gui­tare et le piano, et moi entre la vielle et le piano.

C’est gagné pour aujourd’hui, nous nous don­nons rendez-vous demain à la même heure ! Une ses­sion s’impro­vise, avec conni­vence, entre Richard à la bat­te­rie et le jeune per­cus­sion­niste, qui en pro­fite pour lâcher prise, sous le regard de son père, qui est aussi le pro­fes­seur de per­cus­sion.

Ce soir, c’est détente ! Nous man­geons avec l’équipe du Centre Culturel Français et l’une des trois inter­prè­tes dans un res­tau­rant situé dans un des nom­breux jardin de la ville.

Mercredi 21 sep­tem­bre

Même pro­gramme qu’hier : deux master clas­ses au Centre Culturel Français et une au Conservatoire.

Dans le pre­mier ate­lier, je bran­che avec Guillaume son cla­vier rouge pour la jeune pia­niste et lui rajoute quel­ques sons, sam­plés de la vielle, grâce à l’ordi­na­teur. C’est parti ! La main gauche sur le piano droit, la main droite sur le cla­vier. C’est la pre­mière fois qu’elle joue du synthé et elle se débrouille super bien !

Aujourd’hui, cet ate­lier a trouvé sa cohé­rence dans le son et nous avons réussi à cons­truire un arran­ge­ment dirigé dans l’ins­tant à partir des maté­riaux appris hier ora­le­ment. Ils com­men­cent à sentir com­ment uti­li­ser des peti­tes varia­tions. Le joueur de dutar du deuxième ate­lier nous a rejoint mais à la gui­tare cette fois ! Et il ne demande qu’à faire des impro­vi­sa­tions, yes !

L’après midi, nous retrou­vons les musi­ciens tra­di­tion­nels au conser­va­toire. Tout le monde est content mais il faut encore un temps d’adap­ta­tion avant de com­men­cer. Ils ont amenés deux jeunes Bakhis : chan­teurs, musi­ciens et poètes, ils doi­vent être capa­bles d’inter­pré­ter une cen­tai­nes de chants pour être dignes de ce nom. Comme hier, nous jouons à tour de rôle des pièces de nos réper­toi­res res­pec­tifs pour se dire bon­jour. Nous échangeons sur les tech­ni­ques voca­les et les effets prin­ci­paux qu’ils uti­li­sent dans la voix (le djuk-djuk : blo­cage du larynx pen­dant des voca­li­sa­tions, le khüm­le­mek : son rauque et grave…) et sur la pro­ve­nance des mor­ceaux. Leurs choix du jour sont essen­tiel­le­ment des chan­sons d’amour.

Nous pro­po­sons de leur appren­dre deux mor­ceaux, avec de la place pour des impro­vi­sa­tions voca­les et ins­tru­men­ta­les. Finalement, les Bahkshis n’osent pas vrai­ment jouer le jeu et c’est un duta­riste qui s’y colle avec le sou­rire jusqu’aux oreilles ! Son enthou­siasme est conta­gieux et cha­leu­reux.

Richard leur pro­pose de trou­ver des paro­les en Turkmène et le pro­fes­seur de dutar ne perd pas une seconde. En regar­dant notre tra­duc­trice, il chante dans sa langue sur notre mélo­die « Oh mon amour, viens chez moi / tu es mon bon­heur / Oh mon amour, nous vivrons ensem­ble ! ».

Pour ter­mi­ner la jour­née en beauté, nous échangeons pen­dant une bonne heure avec une quin­zaine d’ado­les­cents des cours de fran­çais du Centre Culturel Français, majo­ri­tai­re­ment des filles. Elles n’ont pas manqué de se lâcher et de nous chan­ter leurs chan­sons d’amour favo­ri­tes : un duo de Mireille Mattieu et de Charles Aznavour, accom­pa­gnées du son de leur télé­phone por­ta­ble !

Sébastien Tron


"C’est dans l’espace d’enre­gis­tre­ment que tout com­mence. Je suis seul pour passer avec mon fau­teuil rou­lant sur le por­ti­que. Et là, un homme s’appro­che et me demande « C’est pas vous le gars de la télé ? ». Et je réponds « oui », évidemment (!). Là, je me dis que c’est bien parti, que le voyage s’annonce exci­tant et comme dirait Borat avec « Grran Success ».

Turkish Airline : Sébastien, Guillaume, Sarah (mana­ger) , Antoine (notre repor­ter vidéaste) et moi appré­cions le menu pro­posé. Nous sommes tous d’accord pour dire que la nour­ri­ture est de bonne qua­lité. Mieux qu’Air France ?

Escale à Istanbul. Nous sommes lâchés dans le vaste espace Duty free pen­dant trois heures. Un Turc m’accom­pa­gne à l’espace han­di­ca­pés et, là, j’observe les gens, les démar­ches, les visa­ges. Je remar­que une situa­tion amu­sante : deux per­son­nes en civil arrê­tent un indi­vidu et lui deman­dent son pas­se­port. Ils por­tent un tee-shirt et un jean, se fon­dent dans la foule sans qu’on puisse les repé­rer. Ils camou­flent une carte dans le creux de leur main pour mon­trer, lors­que c’est néces­saire, qu’ils font parti de la police ou de la sécu­rité.

L’aéro­port d’Istanbul. Les corps des jeunes filles res­sem­blent à ceux de chez nous rue de la République. Un indice dans la manière de porter le petit sac, dans le creux du bras et de l’avant bras, petite paume tour­née vers le ciel. Des visa­ges indiens, ça et là, quel­ques filles coquet­tes por­tant des fou­lards colo­rés. Un groupe avec des tee-shirts « Kazakhstan ». Beaucoup de visa­ges aux yeux bridés. C’est sur, on s’appro­che du Moyen-Orient.

Arrivée à l’aéro­port d’Achgabat, on des­cend sur le parvis, il fait bon. Des mili­tai­res, et des agents d’entre­tiens nous accueillent ou, du moins, nous dévi­sa­gent au pied de l’esca­lier. Sans doute parce que je suis « l’homme de la télé »(!).

Première inquié­tude : nous sommes sépa­rés... Et hop, on se retrouve dans la même file d’attente. L’accueil est silen­cieux mais cour­tois. Si je souris le pre­mier, si je salue de la tête, il y un geste dis­cret en réponse : sou­rire, mou­ve­ment de tête, après la tête de Turc à Istanbul, me voici avec la tête de Turkmène à Achgabat. Je suis quand même « l’homme de la télé ». Nous pré­sen­tons la lettre d’invi­ta­tion du minis­tère turk­mène. Ce n’est pas la peine de leur parler anglais, fran­çais, ou autre chose de « connu ». Ici, on ne parle que russe ou turk­mène. _

L’équipe du Centre Culturel Français nous accueille. Nous char­geons dans un petit camion nos 250 kilos d’ins­tru­ments et d’effets per­son­nels. Direction, le Centre Culturel Français pour déchar­ger. Brief de la semaine avec tout le monde. Il est 2h du matin heure fran­çaise, 5h au Turkménistan.

Les rues sont vides, les routes sont « pro­pres », la lumière jau­nâ­tre des lam­pa­dai­res donne l’impres­sion que les routes sont lus­trées ou cirées.

Rendez-vous pour les quel­ques heures de nuit res­tan­tes dans un grand hôtel époque sovié­ti­que.

Jour 1 : Réunion avec les volon­tai­res pour des master-class d’ins­tru­ments. Nous avons à peine le temps de nous pré­sen­ter que les ques­tions fusent : « Qu’est-ce que ça veut dire Antiquarks ? Votre rap­port avec la musi­que tra­di­tion­nelle ? C’est quoi votre style de musi­que ? Vous faites de la musi­que fran­çaise ? Etc.… »

Des vraies ques­tions comme seuls savent en poser les néo­phy­tes. L’ambiance est bonne. La tra­duc­tion simul­ta­née en russe est fluide, rapide et pré­cise. Tout le monde sourit et rit quel­ques fois à mes bla­gues. Sébastien pré­sente la vielle à roue, les por­ta­bles fil­ment la démons­tra­tion très rapi­de­ment. On nous demande de chan­ter une chan­son d’amour fran­çaise. Les chan­sons d’amour sont très appré­ciées des filles, ici.
Nous établissons une liste pour les master-class. Nous com­men­ce­rons les pre­miers ate­liers demain. La ren­contre se ter­mine dans la bonne humeur, il nous tarde tous d’enta­mer le tra­vail."

Richard Monségu


Le quar­tet de tradi-pop inter­ter­res­tre est au Turkmenistan pour une semaine, le temps d’y donner concerts et for­ma­tions. Mondomix publie son récit de voyage dans ce pays mal connu d’Asie Centrale.
Premier épisode, daté du 19 sep­tem­bre à la UNE de Mondomix.
A lire en sui­vant ce lien : http://www.mon­do­mix.com/actua­lite/1...


Bonjour,

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Fleche Le docu­men­taire "Antiquarks, à la recher­che d’une pop inter­ter­res­tre", réa­lisé par Acte Public (52 min. / 2011), est actuel­le­ment dif­fusé sur la chaîne TV Grenoble (www.tele­gre­no­ble.net). Si vous pos­sé­dez un abon­ne­ment inter­net avec une "box" ou que vous habi­tez dans la région Rhônes-Alpes, vous pour­rez le vision­ner aux horai­res sui­vants :

Image Logo AOUT

Mercredi 24
Jeudi 25
Vendredi 26
Samedi 27
DImanche 28
Lundi 29
2011

| 14H00
| 16H00
| 18H00
| 20H00
| 22H00
| 20H30

Ce docu­men­taire sor­tira offi­ciel­le­ment dans quel­ques semai­nes. On en repar­lera.


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Fleche Une épreuve mytho­lo­gi­que - Bucarest, mardi 2 août der­nier, 19h50.

Alors qu’il par­ti­ci­pait à un des douze tra­vaux d’Hercule, notre bien aimé chan­teur-bat­teur s’est rompu le tendon d’Achille en jouant au tennis-ballon. Un artiste qui joue au ballon ?! Hé oui, depuis la pré­pa­ra­tion du projet Urban Globe Trotter, Richard avait retrouvé les sen­sa­tions et la tech­ni­que d’antan lorsqu’il jouait dans la célè­bre équipe Juniors des années 84-87 de la Violette Aturine. Il a cru que plus rien ne pou­vait l’arrê­ter désor­mais.
Aïe !
Image Logo Rapatrié d’urgence, son opé­ra­tion à la cli­ni­que du Tonkin (Villeurbanne) s’est bien passée. Après plus de 3 semai­nes en fau­teuil, le voici sur pieds depuis 2 jours. Armé de béquilles, il doit main­te­nant réap­pren­dre à mar­cher et à taper du pied droit ; celui de la grosse caisse. Nous sommes tous secoué par cette nou­velle mais ras­su­rez-vous, les concerts ne sont pas annu­lés. Ouf... Si vous voulez pleu­rer un Richard dimi­nué, rendez-vous aux concerts. Ecrivez-lui sur le forum anti­quarks.org !


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Fleche Nous pré­pa­rons actuel­le­ment notre voyage à Ashgabat, au Turkménistan, qui aura lieu du 17 au 27 sep­tem­bre pro­chain et ne man­que­rons pas de vous en dire plus très bien­tôt !


Bonne ren­trée,
Antiquarks

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Bonjour,

L’été appro­che et la tour­née pour la sortie de l’album Cosmographes est ter­mi­née… pour le moment. Nous vous remer­cions, toutes et tous, pour l’inté­rêt que vous portez à notre exis­tence artis­ti­que. Notre péri­ple nous a même conduit à vous ren­contrer dans un Cultura, un Virgin, une Fnac où vous n’avez pas hésité une seconde à cueillir l’album après nous avoir écouté !

Nous espé­rons que vous n’êtes pas déçus et que vous ne man­que­rez pas d’encou­ra­ger vos pro­ches et ren­contres à navi­guer dans l’uni­vers gra­phi­que de notre site pour y lais­ser un petit mot.

Parmi les points de vue sur la puis­sance créa­trice d’Antiquarks, nous vous infor­mons du bel arti­cle« Antiquarks, une musi­que alter­mon­dia­liste socio­lo­gi­que­ment impro­ba­ble » écrit par Philippe Corcuff dans Mediapart. Merci Philippe !

En atten­dant que la tour­née Cosmographes reprenne au mois d’octo­bre 2011, le binôme Antiquarks & Coin Coin pro­duc­tions fonc­tionne à plein régime.

* En ce moment, nous enca­drons un projet fou-fou-fou que nous avons appelé Urban Globe Trotter (UGT).

* En sep­tem­bre, l’équipe Antiquarks part en voyage au Turkménistan à la ren­contre de l’esthé­ti­que musi­cale turco-mon­gole.

* Evelyne Lagarde, chef du Chœur de Val de Saône, nous a pro­posé de faire les arran­ge­ments de son pro­chain réper­toire de chan­sons. Concerts prévus les 1ier, 2 & 3 décem­bre 2011 à Jassans-Riottier (Ain).

* Enfin, le troi­sième album d’Antiquarks est déjà en pré­pa­ra­tion. Nous enre­gis­tre­rons en 2012 avec un orches­tre sym­pho­ni­que et des invi­tés. Sortie prévue pour 2013.

Une fois de plus, ça ne chôme pas dans l’uni­vers inter­ter­res­tre !

Retrouvez plus d’info grâce à la news­let­ter du mois de mai :

A bien­tôt, Antiquarks


Difficile de faire enten­dre des paro­les rondes à des oreilles car­rées.

Radio Gresivaudan est une radio asso­cia­tive non com­mer­ciale dédiée à l’infor­ma­tion, l’expres­sion, la for­ma­tion, la créa­tion et l’expé­ri­men­ta­tion. Le 13 juillet 1981, un groupe formé par des mili­tants d’asso­cia­tions, des acteurs socio-cultu­rels, des élus locaux et des pro­fes­sion­nels de l’Audiovisuel donne nais­sance à Radio Grésivaudan. Une ini­tia­tive à décou­vrir et à écouter en ligne ! Les titres "Cosmographes" et "Immensum" sont actuel­le­ment en play­liste.


Entretien cosmographique

De « duo de par­ti­cu­les » qu’il était au départ – Sébastien TRON à la vielle à roue électroacoustique et aux échantillonnages et Richard MONSÉGU au chant, à la bat­te­rie et aux per­cus­sions – ANTIQUARKS est devenu un quar­tet de « cos­mo­gra­phes », comme l’annonce le titre du der­nier album (lire notre chro­ni­que) avec l’arri­vée de Jean Claver « Chouchoubass » TCHOUMI à la... basse et à la gui­tare et Guillaume LAVERGNE aux gui­tare, cla­vier et cor d’har­mo­nie.

Ne cher­chant ni à faire de la musi­que tra­di­tion­nelle ni à verser dans une world-fusion au sens clas­si­que, ANTIQUARKS convie l’audi­teur à un voyage sen­si­tif et réflexif dans les révo­lu­tions huma­nis­tes d’Europe, de Méditerranée, d’Orient et d’Asie. En consé­quence mais aussi par néces­sité et par enga­ge­ment, ANTIQUARKS échappe aux for­ma­ta­ges. Mêlant cou­leurs, émotions, sym­bo­les, sa « pop inter­ter­res­tre » est autant moti­vée par la pas­sion de diver­ses musi­ques du monde que par les arts et les lit­té­ra­tu­res du monde et les scien­ces humai­nes, et se reven­di­que sans fausse pudeur comme un art libé­ra­teur.

Richard MONSÉGU et Sébastien TRON ont ouvert pour ETHNOTEMPOS les portes de leur monde « cos­mo­gra­phi­que », les pieds sur Terre et la tête dans les étoiles.

A quand remonte la créa­tion d’ANTIQUARKS ? C’était il y a cinq/six ans à peu près ?!

Richard MONSÉGU : Un petit peu plus... En réa­lité, les ori­gi­nes d’ANTIQUARKS remon­tent à 2002 avec le trio MARGE DE MANŒUVRE. Pour cer­tains concerts, on se payait le luxe de faire nos pre­miè­res par­ties où on pro­po­sait au public un autre style de musi­que que MARGE pen­dant 30 minu­tes avec voix, vielle à roue électroacoustique, tam­bours et saxo­phone soprano. Comme une soirée que cer­tains col­lec­tifs de musi­ciens orga­ni­sent. Mais à trois, juste pour le plai­sir de jouer autre chose et de mettre la vielle à roue à contri­bu­tion dans les musi­ques électriques. Dans MARGE DE MANŒUVRE, vous ne jouiez pas la même musi­que que dans ANTIQUARKS ?

R.M. : Du tout. Dans MARGE, Seb jouait des cla­viers et du piano et je jouais un tabl syrien. C’est un tam­bour qui res­sem­ble à une grosse caisse avec une baguette à la main droite pour trou­ver des sons de basse et une baguette plus fine à la main gauche pour un son plus aigu et har­mo­ni­que. Un tam­bour que l’on retrouve d’ailleurs sur tout le pour­tour médi­ter­ra­néen sous d’autres noms depuis l’Antiquité. Je suis fas­ciné par la Méditerranée et son his­toire grâce, entre autres, à Fernand BRAUDEL et Amin MALOUF.

Sébastien TRON : Au départ d’ANTIQUARKS, on était vrai­ment sur un son plus acous­ti­que et la vielle était bran­chée dans une ver­sion simple d’électrification.

La cou­leur de la musi­que

Et ANTIQUARKS est devenu votre groupe à plein temps, si j’ose dire.

R.M. : Oui, le plein temps, c’est l’expé­ri­men­ta­tion. Et l’idée de faire passer une pra­ti­que musi­cale par dif­fé­ren­tes étapes, comme si on pou­vait appli­quer à nous-mêmes des appren­tis­sa­ges, des maniè­res de faire. Bref, expé­ri­men­ter les pra­ti­ques ins­tru­men­ta­les de dif­fé­ren­tes cultu­res musi­ca­les. Aussi, pour créer son style et expé­ri­men­ter sa sen­si­bi­lité, il faut d’abord inven­ter les exer­ci­ces qui per­met­tent de com­pren­dre ce qu’on est en train de faire. Se pro­po­ser des exer­ci­ces qui devien­nent par la suite des maniè­res de jouer ensem­ble.

Par exem­ple, au tout début pour Seb, ça consis­tait à mettre un ampli gui­tare pour les chan­te­rel­les [mélo­die de la vielle], les sym­pa­thi­ques et un ampli basse pour le bour­don. C’est-à-dire qu’on est passé par la ver­sion années 1960 aussi. Indispensable.

S.T. : Pour colo­rer. Si on met un ampli Marshall, on obtient un grain immé­dia­te­ment. En même temps, ce qu’on appli­que sur la vielle, on l’appli­que aussi sur les voix. Donc avec les effets de base de ces ampli-là : le chorus, la réverb’... Et là, tout de suite, Richard, comme il a baigné dans les musi­ques des années 1970, s’est retrouvé dans ces rap­pels esthé­ti­ques de voix, comme dans LED ZEPPELIN, PINK FLOYD, des voix tra­fi­quées...

R.M. : ...Roger WATERS, Jon ANDERSON, Peter GABRIEL uti­li­saient des sons ana­lo­gi­ques pour leur voix. Mettre une voix dans un ampli gui­tare fait partie des expé­rien­ces qui peu­vent être amu­san­tes. C’est-à-dire qu’à chaque fois qu’on fai­sait ces exer­ci­ces, on s’amu­sait beau­coup. Très sérieu­se­ment, mais on s’amu­sait.

S.T. : Et les impro­vi­sa­tions ont fait naître le pre­mier réper­toire d’ANTIQUARKS, celui qui figure sur Le Moulassa.

R.M. : Et arran­gées par­fois direc­te­ment dans la prise de son...

S.T. : Oui... Il y avait de bonnes pre­miè­res prises dans les impros qui ont donné l’écriture de la forme. Et ensuite on est reve­nus sur les pre­miers et les seconds plans pour les faire bouger. Ce qui pou­vait être le thème est fina­le­ment devenu un accom­pa­gne­ment, un contre-chant, etc.

R.M. : On a voulu se frot­ter concrè­te­ment à la fabri­ca­tion d’une nou­velle musi­que et tra­vailler des idées nou­vel­les. C’est un peu imper­ti­nent de vou­loir créer une musi­que mûre quand on est un jeune musi­cien. C’est cette pro­blé­ma­ti­que de « rendre hom­mage dans l’inven­tion » que je mets sans cesse à l’épreuve quand je ren­contre ou que je joue des réper­toi­res d’autres cultu­res musi­ca­les. Je soigne une inter­pré­ta­tion et je prends soin de ne pas oublier ce que je suis en train de fabri­quer. Par exem­ple, trou­ver la dis­po­ni­bi­lité musi­cale ajus­tée à l’accom­pa­gne­ment d’une danse, c’est aussi être capa­ble d’impro­vi­ser là où tout le monde t’attend. En musi­que, c’est ça.

Concernant la voix, je prends des ris­ques en live, par­ti­cu­liè­re­ment pour ces concerts à Paris, au Théâtre les Déchargeurs [20 concerts en un mois]. Je me rends compte que la voix est très impor­tante, dans le sens où il faut qu’elle soit ins­pi­rée tous les soirs. Parce que si elle n’est pas ins­pi­rée, là, c’est vrai­ment très, très chaud ! Je suis tou­jours prêt à ris­quer l’émotion dans l’impro­vi­sa­tion.

L’émotion et le son de scène

R.M. : L’émotion est fon­da­trice. Et j’impro­vise dans le but de la trou­ver, donc d’établir un rap­port entre le « corps sen­sa­tion » et « l’âme expres­sion ». Ça, c’est très impor­tant. En tant que voca­liste, si je rate le début d’un concert, il y a de fortes chan­ces que ce soit plus dif­fi­cile pour la suite. J’ai donc besoin de l’émotion pour vali­der l’impro­vi­sa­tion. Et inver­se­ment. Si je n’ai pas un rap­port sen­si­ble à l’impro­vi­sa­tion, elle ne peut être réa­liste. Là, ça rejoint un peu le tra­vail phi­lo­so­phi­que ins­piré du Réalisme de MAUPASSANT qui dit que « le Réaliste de talent est un illu­sion­niste »

Pour Seb, la tâche de pro­duire de l’émotion est aussi dif­fi­cile, car il a des mani­pu­la­tions tech­ni­ques à faire avant et pen­dant chaque mor­ceau. Pour ces dates aux Déchargeurs, nous n’avions pas d’ingé­nieur du son. C’est donc une pre­mière pour nous. Encore un défi pour l’auto­no­mie du son sur scène !

S.T. : A la fin du trio MARGE, Richard avait déjà com­mencé à faire ce tra­vail sur la voix. C’était le début... Et il y avait une ques­tion qui était : com­ment accom­pa­gner le chant avec la vielle, sachant que, a priori, cet ins­tru­ment pro­duit un son continu et qu’il y a une échelle de nuance res­treinte sur le mode plein jeu. Pour y pal­lier, un aspect tech­ni­que est venu s’ajou­ter par des péda­les de volume sur chaque élément de la vielle (chan­te­rel­les, bour­dons, sym­pa­thi­ques, chien). Aujourd’hui on est encore là-dedans, et par­ti­cu­liè­re­ment dans les petits lieux étant donné qu’on est auto­no­mes et qu’il n’y a pas d’ingé­nieur du son. C’est à chacun d’entre nous quatre de se gérer et de gérer le son du groupe.

La pre­mière fois, ce fut un gros exer­cice pour moi, car beau­coup de choses pas­sent par l’ordi­na­teur étant donné que j’uti­lise l’infor­ma­ti­que sur scène. Une grande majo­rité d’ins­tru­ments du groupe tran­site via mon ordi­na­teur. Une fois qu’on sent cette limite basse et cette limite haute dans le son commun – enfin, je parle de nuan­ces fai­bles et de nuan­ces fortes – là, on arrive à s’accro­cher les uns aux autres.

C’est toutes les dis­cus­sions qu’on a sur le fait de « lâcher ». On peut lâcher et faire débor­der notre inten­tion musi­cale – et dans ce cas ça devient de la bouillie. Ou on peut lâcher tout en conte­nant. C’est du voca­bu­laire un peu dif­fi­cile mais il s’agit de tou­jours maî­tri­ser l’énergie qu’on envoie. C’est l’exer­cice pour trou­ver l’émotion indi­vi­duelle et la placer dans le col­lec­tif pour être bien dans la masse sonore que l’on pro­duit – alors effec­ti­ve­ment, avec mon ins­tru­ment, j’en pro­duis une cer­taine quan­tité – et se placer par rap­port aux autres.

Du duo au quar­tet : la com­po­si­tion et l’orches­tra­tion

S.T. : A l’époque du duo, quel­que part on pour­rait dire que c’était plus simple parce qu’il y avait le chant lead, de la bat­te­rie, et tout le reste dis­po­ni­ble pour le spec­tre grave-médium-aigu de la vielle à roue. Maintenant, ce n’est pas for­cé­ment plus simple d’être à quatre musi­ciens, il faut encore gérer dans les arran­ge­ments et dans les com­po­si­tions. Si l’arran­ge­ment marche, si l’écriture est bonne, il n’y a pas de raison que ça ne marche pas. Mais chacun trouve sa place comme si on était une for­mule stan­dard, un quar­tet de jazz par exem­ple (contre­basse, bat­te­rie, piano et gui­tare). Il faut que dans chaque mor­ceau on retrouve cet équilibre qui est censé être natu­rel, avec un ins­tru­men­ta­rium un peu bizarre.

R.M. : Et pour ma part, je dirais que c’est plus facile à quatre qu’à deux. Parce que ma vision spa­tiale de la com­po­si­tion est beau­coup plus signi­fi­ca­tive dans l’arran­ge­ment poly­pho­ni­que. Là, je gagne des points sur l’orches­tra­tion. Un duo vielle-bat­te­rie, c’est tou­jours vu comme « expé­ri­men­tal ». Alors qu’à quatre, en qua­tuor ou en quar­tet, tu te rap­pro­ches d’objets éprouvés dans l’his­toire de la musi­que.

Le résul­tat à quatre veut être encore plus fédé­ra­teur et uni­ver­sel. Ce qui m’inté­resse dans la com­po­si­tion, en tra­vaillant avec des ins­tru­ments plus évidents (gui­tare, basse), c’est mettre la vielle à l’épreuve, la confron­ter, la domes­ti­quer en quel­que sorte. La vielle, comme la per­cus­sion, pos­sède une face sau­vage qu’il faut aussi réus­sir à domes­ti­quer. Ça l’oblige à se penser avec plus de points d’atta­che, donc for­cé­ment elle est plus domes­ti­quée.

Bon, « domes­ti­quer », c’est un point de vue. Mais Seb ne joue pas que de la vielle, il joue aussi du piano. Donc ça m’appa­raît très inté­res­sant d’uti­li­ser cette double pra­ti­que.

Les com­po­si­tions sur Cosmographes sont-elles tou­jours signées uni­que­ment par vous deux ?

R.M. : Oui. Je joue un rôle d’accou­cheur en quel­que sorte. Mon tra­vail est de faire accou­cher, par une tech­ni­que socra­ti­que, ce que le musi­cien pos­sède et qui n’attend qu’à se réa­li­ser. J’entends tout mais je ne le joue pas avec l’ins­tru­ment, donc je chante ce que j’entends. J’imite l’ins­tru­ment et j’ima­gine ses pos­si­bi­li­tés...

J’ai une manière sin­gu­lière de tra­vailler qui s’ins­pire de toutes les tech­ni­ques de mémo­ri­sa­tion des cultu­res musi­ca­les orales. Je pense la musi­que en termes d’espace et pas uni­que­ment en termes de temps. Le temps ne me pose aucun pro­blème, en fait. Peut-être parce que j’ai joué les musi­ques tra­di­tion­nel­les extra-euro­péen­nes, très exi­gean­tes sur les ryth­mes, donc le corps et la danse. Ce n’est pas pour rien. Et reve­nir à l’espace, c’est consi­dé­rer la phi­lo­so­phie occi­den­tale, jus­te­ment. Donc uti­li­ser la vision du temps des socié­tés tra­di­tion­nel­les et y inclure les notions phi­lo­so­phi­ques d’espace des socié­tés dites moder­nes, c’est-à-dire la Renaissance et son rap­port à l’Antiquité, les révo­lu­tions scien­ti­fi­ques du XVIIe, du XIXe.

Bref, c’est à la fois théo­ri­que et empi­ri­que. Et comme c’est vécu, c’est rendu. Je me forme à faire ce que je dis. Je fabri­que donc ce que je pense. Mais je m’écarte...

Pour reve­nir à la vielle, en lui pro­po­sant des contrain­tes, on libère la créa­tion. Alors qu’il y avait beau­coup moins de contrain­tes quand on était deux. Tout était pos­si­ble, dans un espace où la sur­face est finie et la lon­gueur infi­nie, selon la for­mule de LEIBNIZ.

S.T. : C’est ce que j’essayais de dire tout à l’heure. A deux, on pour­rait pres­que impro­vi­ser un concert qui sem­ble­rait « écrit ». A quatre, à moins de se connaî­tre – et c’est un peu ce qui est en train de se passer quand même en ce moment – on retrouve ces réflexes-là. Mais il y avait aussi dans la démar­che d’ouvrir ANTIQUARKS à d’autres ins­tru­ments et d’élargir la volonté de trou­ver plus de liber­tés dans le jeu, alors qu’a priori on enlève de l’espace. A priori.

R.M. : Pas dans le jeu, dans la com­po­si­tion, je dirais là aussi.

S.T. : Dans l’inter­pré­ta­tion des com­po­si­tions ?

R.M. : Voilà, c’est ça. Mais tu as raison, dans le jeu aussi. Ce ne sont tout sim­ple­ment pas les mêmes moments, en fait. Concernant la libé­ra­tion dans le jeu, on n’en est pas encore là. D’abord les com­po­si­tions, ensuite l’inter­pré­ta­tion. Une liberté englo­bante n’arrive pas par hasard ! Les liber­tés se méri­tent à chaque fois. Il faut tra­vailler pour que la liberté arrive. Plus de contrain­tes pour plus de liber­tés. Ce n’est que du va et vient, du vice versa.

C’est un peu le prin­cipe des vases com­mu­ni­cants...

R.M. : Oui, vases com­mu­ni­cants... En phi­lo­so­phie, j’appel­le­rais ça la recher­che de la coexis­tence. Dans le temps, dans la durée, dans l’espace créé par notre tra­vail. Si on devait reve­nir à deux aujourd’hui, ça serait dom­mage parce que notre explo­ra­tion n’est pas encore ter­mi­née. D’ailleurs, le duo reste intact dans le quar­tet. Une nou­velle confi­gu­ra­tion est une adap­ta­tion.

Et les deux autres musi­ciens, vous les avez choi­sis parce que vous vou­liez inté­grer ces ins­tru­ments-là ?

R.M. : Oui, il s’agit de connais­san­ces. Et la chance qu’ils soient sur Lyon. Pour tra­vailler régu­liè­re­ment, ça aide. De plus, la pra­ti­que multi-ins­tru­men­tiste de Guillaume LAVERGNE est impor­tante à plus d’un titre pour notre vision de l’orches­tra­tion.

Sont-ils arri­vés en même temps dans le groupe ?

S.T. : Non, avec à peu près une année de déca­lage.

Ah ! Donc il y a eu une période en trio !...

R.M. : Oui. A deux, nos sour­ces de basse étaient jouées par la grosse caisse, le péda­lier d’orgue et le bour­don de la vielle. Alors com­ment animer le bour­don, lui donner du rythme et donc de la cha­leur ? Avec la basse.

Là aussi, on a pro­cédé de manière objec­tive et pro­gres­sive en s’atta­quant aux pro­blé­ma­ti­ques du spec­tre des graves qui se sont impo­sées lors de l’enre­gis­tre­ment du Moulassa, le pre­mier album en duo.

S.T. : Entre Le Moulassa et Cosmographes, avec l’arri­vée de « Chouchoubass », on est passés d’un son continu, plein et à bour­don, à une musi­que qui n’est plus for­cé­ment un bour­don – même si ça reste pré­sent – mais où, pour le coup, il y a plus d’espace de silence dans chacun des spec­tres. On n’est pas dans un spec­tre continu dans les aigus, un spec­tre continu dans les graves. On est plutôt dis­conti­nus un peu par­tout.

R.M. : C’est facile de faire de la musi­que modale avec des accords. Nous, on est com­plè­te­ment dans la musi­que modale : tu envoies un bour­don ou un osti­nato puis tu places des accords. Sauf qu’avec la vielle, on ne peut pas jouer des accords ou plu­sieurs notes à la fois sur le cla­vier. Quand il s’agis­sait de faire des accords ou de modu­ler, Seb cou­pait le bour­don grave ou ani­mait des basses, ou des plages de synthé-basse avec son péda­lier. C’est le cas, pour ceux qui connais­sent notre musi­que, de Vatoum Vété part. II par exem­ple. On n’était pas dans des confi­gu­ra­tions har­mo­ni­ques.

Les années 80 : contexte d’une ouver­ture sur les musi­ques des « Autres »

R.M. : La musi­que « mosaï­que » (pour repren­dre le terme de METHENY) existe depuis les années 1970. On se posi­tionne dans une conti­nuité. Une conti­nuité qui consi­dère l’apport des musi­ques « exo­ti­ques ». On sent par exem­ple que LED ZEP’ a écouté des musi­ques autres qu’occi­den­ta­les. En même temps, on ne peut pas dire que le marché de pro­duc­tion dis­co­gra­phi­que des musi­ques « eth­ni­ques » était déve­loppé dans les années 1960-70. Nous, en fait, on est les enfants d’une mass-média­ti­sa­tion de l’accès à d’autres cultu­res musi­ca­les qui s’est déve­loppé dans les années 1980. Et par­ti­cu­liè­re­ment, ces « musi­ques du monde » enre­gis­trées par les eth­no­mu­si­co­lo­gues, Ocora Radio-France, d’autres boîtes de pro­duc­tion, etc. Certes, dans les années 1970, il y avait des enre­gis­tre­ments de musi­ques afri­cai­nes électriques, mais peu de musi­ques tra­di­tion­nel­les de « brous­ses ». Ça s’est sur­tout démo­cra­tisé et déve­loppé dans les années 1980, sous MITTERAND. C’était l’âge d’or de l’eth­no­mu­si­co­lo­gie accom­pa­gné d’un engoue­ment social, économique et poli­ti­que pour les musi­ques d’autres cultu­res. On n’avait pas accès à ces musi­ques avant... Si on vou­lait écouter de la musi­que de brousse, il fal­lait se dépla­cer. En même temps, les EARTH, WIND & FIRE, dans les années 1970, pou­vaient écouter FELA. Mais ils ne pou­vaient pas écouter la musi­que de brousse qu’on trouve dans le pays de FELA.

On est donc les enfants d’une ouver­ture sys­té­ma­ti­que sur tous les styles et les genres musi­caux, les enfants de la fusion expé­ri­men­tale des années 1970, de la démo­cra­ti­sa­tion de la boîte à ryth­mes et du Home studio des années 1980, et puis toutes les musi­ques dites tra­di­tion­nel­les ou exo­ti­ques enre­gis­trées et col­lec­tées dont je par­lais à l’ins­tant.

De 1987 à 1992, j’étais sou­vent bran­ché sur France-Culture et France-Musique. J’enre­gis­trais beau­coup de concerts de musi­ques perses, arabes, indien­nes, etc. ainsi que des émissions sur l’eth­no­mu­si­co­lo­gie. En gros, tout ce qui pas­sait en « musi­ques du monde ». C’est pour ça que je par­lais de l’ère MITTERAND : toutes ces émissions se sont déve­lop­pées dans les années 80. Ce n’est pas neutre. Et puis il y a eu le label Buda Musique et la col­lec­tion « Musique du monde ». J’ai hérité de ce contexte de curio­sité cultu­relle.

Et j’ai été, en quel­que sorte, un consom­ma­teur assidu de cette ouver­ture sur l’alté­rité. Les études d’eth­no­lo­gie et de socio­lo­gie se sont donc impo­sées à moi. Un auto­di­dacte qui se lance dans cette explo­ra­tion, c’est iné­pui­sa­ble. C’est un avan­tage consi­dé­ra­ble pour l’ouver­ture créa­trice hédo­niste et sans com­plexe, mais para­doxa­le­ment un inconvé­nient face au monde réac­tion­naire de la pro­gram­ma­tion qui exige l’étiquette. C’est un schisme dont le prix à payer est élevé pour les artis­tes nés dans l’utopie musi­cale des années 1970.

Tu t’es sur­tout formé par l’écoute d’émissions et de dis­ques...

R.M. : Oui. Et j’ai mis à contri­bu­tion mes talents d’imi­ta­teur pour imiter les ins­tru­ments de musi­que et fabri­quer des « sons de bouche ». Je suis sans doute plus voca­liste que chan­teur.

Avec l’écoute de concerts aussi ?

R.M. : De temps en temps. Je viens d’une région où le concert était absent. J’ai décou­vert la grande ville et son illu­sion « d’ouver­ture cultu­relle » à 18 ans. J’ai com­mencé le chant et la per­cus­sion à 16 ans.

Et pour toi, Sébastien ?

S.T. : De mon côté, ce n’était pas for­cé­ment avec du col­lec­tage ou la radio, mais avec des musi­ques liées au son de l’accor­déon dia­to­ni­que, l’ins­tru­ment de mon père. Mes parents sont dans la danse et la musi­que tra­di­tion­nelle fran­çaise. Mon père orga­ni­sait un fes­ti­val inter­na­tio­nal. Les musi­ques tra­di­tion­nel­les popu­lai­res que j’ai pu voir et enten­dre étaient sou­vent liées à l’accor­déon, que ce soit la musi­que argen­tine, qué­bé­coise, basque, ita­lienne et puis fran­çaise bien sûr.

Donc vous avez cher­ché à, sinon mélan­ger, mettre en commun tous ces éléments, tra­vailler à partir de tout ça... ?

R.M. : En quel­que sorte. Ça s’est sur­tout fait dans le jeu, comme il se doit ! Partir de rien, c’est aussi faire des impro­vi­sa­tions qui ne sont pas sty­lis­ti­ques. C’est un plan de tra­vail. On pri­vi­lé­gie sou­vent les trou­vailles ryth­mi­ques. Encore aujourd’hui, on tra­vaille beau­coup sur le rythme. On revient au temps, quel­que part. Il s’avère que Seb, quand je l’ai ren­contré, avait un bon sens du rythme. Le chemin de la cons­truc­tion iden­ti­taire est long. En tous cas, elle s’assoit sur la culture du rythme.

Heureusement, nous pre­nons le temps de cons­truire une iden­tité com­mune et une culture de la créa­tion basée sur les enre­gis­tre­ments, l’amour du jeu et de la pra­ti­que. Nous n’avons pas peur de ce que cer­tains appel­lent des albums concepts mais que j’appel­le­rais plutôt « renou­ve­ler les ins­tru­ments de créa­tion », le « renou­vel­le­ment des objets », « objets » au sens d’« objec­tifs ». C’est une idée de BAUDELAIRE au départ, trans­for­mée par BACHELARD puis BOURDIEU.

L’apport des scien­ces humai­nes : un éclairage néces­saire pour la démar­che artis­ti­que

L’idée de Cosmographes, comme celle du Moulassa, je sup­pose, c’est de raconter une his­toire en déve­lop­pe­ment ?

R.M. : Tout à fait. Identifier les révo­lu­tions musi­ca­les dans l’his­toire de l’huma­nité. Et s’ins­pi­rer des révo­lu­tions phi­lo­so­phi­ques pour les appli­quer à l’inven­tion d’une musi­que d’aujourd’hui.

Passer d’une révo­lu­tion phi­lo­so­phi­que à une révo­lu­tion artis­ti­que...

R.M. : Oui, c’est ça. Et en par­lant de « pop inter­ter­res­tre », je me suis ima­giné les condi­tions maté­riel­les et spi­ri­tuel­les que l’artiste doit rem­plir pour mener une révo­lu­tion musi­cale, une révo­lu­tion esthé­ti­que et éthique qu’on pour­rait appli­quer au pro­duit « musi­que ». C’est aussi simple que ça. La pop a été une révo­lu­tion aussi. Alors, com­ment inven­ter une conti­nuité que j’appelle la pop inter­ter­res­tre en s’ins­pi­rant de révo­lu­tions de pensée qui ont été éprouvées ailleurs au prix de luttes incroya­bles, dans les mondes de l’art et de la phi­lo­so­phie pour l’appli­quer à une musi­que expres­sive qui ne dit rien en appa­rence, sauf qu’elle est fabri­quée dans le but de pro­duire de l’émotion cor­po­relle et men­tale ? Quand je chante, j’essaye de faire sentir qu’il se passe une émotion avec un timbre, une into­na­tion, une inten­tion. On revient au tra­vail de la voix.

...qui s’exprime dans plu­sieurs lan­gues ou dans une langue créée de toutes pièces...

R.M. : Elle n’est pas créée de toutes pièces. L’espé­ranto, lui, est créé de toutes pièces. Ici, ce n’est pas une langue. Je tri­ture et j’arti­cule des pho­nè­mes. Donc des sons. C’est pour ça que je par­lais tout à l’heure d’imi­ta­tion. J’arrive assez faci­le­ment à imiter des sons de lan­gues qui ne sont pas de ma culture. Par exem­ple, je ne parle pas arabe, mais je pro­nonce cor­rec­te­ment tous les sons dif­fi­ci­les à pro­non­cer pour un fran­çais. On appelle ça un imi­ta­teur. Ou un illu­sion­niste, comme dit MAUPASSANT à propos du « faire vrai ».

L’idée, c’est aussi de pra­ti­quer avec la vielle à roue cette illu­sion sonore, cette musi­que de fic­tion.

Avec notam­ment cette impres­sion qu’on entend d’autres ins­tru­ments...

R.M. : Oui, c’est ça. Alors, à la fois c’est volon­taire en tant que « garde-fou phi­lo­so­phi­que », mais en même temps c’est évident pour Seb parce qu’il est dans l’expé­ri­men­ta­tion avec sa vielle. Plus on est dans l’expé­ri­men­ta­tion, plus il y a de fortes chan­ces qu’on déve­loppe une théo­ri­sa­tion. Une bonne théo­rie ne se déve­loppe pas sans l’expé­ri­men­ta­tion. Claude BERNARD parle d’ailleurs de « savant com­plet ». En revan­che, le rap­port entre les deux a donné la science moderne, de la Renaissance par­ti­cu­liè­re­ment, et la sépa­ra­tion – faut-il le rap­pe­ler – entre l’astro­no­mie et l’astro­lo­gie. Les astres ne nous disent pas qui nous sommes. Ils bou­gent, c’est tout ! (rires). La ques­tion est de com­pren­dre le méca­nisme.

Théorie, en latin, veut dire contem­pler, obser­ver. J’ai la chance d’avoir le loisir de déve­lop­per ma pensée, la frot­ter à des objets concrets. Je suis content de penser. Comme le rap­pelle KOYRE – un phi­lo­so­phe des démar­ches scien­ti­fi­ques – il ne faut pas croire que l’être humain est natu­rel­le­ment porté à com­pren­dre. C’est une conne­rie. Développer un savoir désin­té­ressé, c’est-à-dire un savoir qui cher­che la vérité sans mon­da­nité, est une pos­ture rare. Personne n’a envie de livrer des batailles toute sa vie. Qu’est-ce que ça rap­porte, à part une libido sciendi, c’est-à-dire une énergie ful­gu­rante et fas­ci­née pour la recher­che ?! Le désin­té­res­se­ment m’inté­resse.

L’être humain n’aurait-il pas plutôt envie de chan­ger de point de vue ?

R.M. : Je ne crois pas. Changer de point de vue est un tra­vail sin­gu­lier qui consiste à faire rup­ture avec les pré­sup­po­sés. Pour chan­ger de point de vue, il faut réus­sir le tour de force de conce­voir que « je » est un point dans un espace qui com­prend d’autres points et que « se » com­pren­dre c’est faire le point sur cet espace dans lequel « je » suis, pour com­pren­dre ce que sont les autres points. Et les autres espa­ces dans leurs rela­tions. C’est une inter­pré­ta­tion libre d’une phrase de PASCAL – déve­lop­pée par BOURDIEU pour sa théo­rie des champs. Je parle dans un absolu théo­ri­que, mais que dire de l’indi­vidu qui est convaincu qu’on vote à gauche quand on est jeune et à droite quand on est vieux. Tu parles d’un chan­ge­ment de point de vue ! C’est un délit de retour­ne­ment de veste plutôt.

Changer de point de vue, c’est bien autre chose. C’est conver­tir son regard et le tour­ner vers l’exer­cice spi­ri­tuel du « com­pren­dre ». Il faut peut-être relire BALZAC, ZOLA, WOOLF, les roman­ciers qui tra­vaillent sur le point de vue, les des­crip­tions quasi ana­to­mi­ques du social avec des per­son­na­ges englués dans les tour­ments déter­mi­nis­tes. Ou, plus proche de nous, Olivier ADAM. Et que dire de FLAUBERT qui se met dans la peau d’une femme pour Madame Bovary ? C’est admi­ra­ble.

En bref, c’est la mise en pra­ti­que d’exer­ci­ces. Si je devais pren­dre du recul – ça fait une dizaine d’années qu’on se connaît avec Seb – j’ai tou­jours eu cette contem­pla­tion. Observer pour expli­quer. La théo­rie est un allié très effi­cace pour expli­quer. J’ai tou­jours eu cette dis­tance que j’ai déve­lop­pée per­son­nel­le­ment dans le jeu musi­cal, et qui me permet de savoir, aujourd’hui encore, si je suis dans l’exé­cu­tion de l’émotion ou si je n’y suis pas. C’est-à-dire avoir un rap­port cri­ti­que avec ce qui est en train de se faire, ce qui est en train de se jouer dans ce que je suis en train de faire. C’est une apti­tude qui me semble pri­mor­diale pour renou­ve­ler les objets de créa­tion, jus­te­ment.

Discuter la musi­que : condi­tion de l’émotion

R.M. : Et on en dis­cute. L’équipe est super pour ça ! Ils sont OK pour en dis­cu­ter. Par exem­ple, quand je dis « Ah ! Ce soir je n’ai pas trouvé l’émotion ! ». On pour­rait répon­dre : « Et alors, qu’est-ce que j’y peux ?! » Mais ce n’est pas ça qui se passe. On dis­cute de l’émotion. L’émotion, ça ne fait pas que se vivre, ça se dis­cute pour être dans la capa­cité de la pro­duire ou de la repro­duire. C’est-à-dire « com­ment ou quel­les sont les condi­tions – scé­ni­ques, ins­tru­men­ta­les, per­son­nel­les, de com­po­si­tions, d’arran­ge­ments, de lieu, de com­ment on joue - qu’on peut réunir pour pro­vo­quer une émotion repro­duc­ti­ble ? » C’est-à-dire qu’on puisse repro­duire l’émotion à chaque fois qu’on joue, lors de la répé­ti­tion, du concert, de l’expé­ri­men­ta­tion. Ce n’est pas « Hier c’était super, aujourd’hui c’était moins bien ! C’est comme ça... » C’est « Pourquoi c’était super hier et aujourd’hui moins bien ? »

Si on ne réflé­chit pas comme ça, com­ment espé­rer com­mu­ni­quer une émotion quelle qu’elle soit au public alors qu’on est en train de lui expo­ser une inven­tion ? L’inven­tion de quoi au juste ?! Ce n’est pas l’émotion qu’on invente. On invente la pos­si­bi­lité de sa pro­duc­tion. On ne peut pas com­mu­ni­quer quel­que chose au public si on n’est pas dans ces ques­tion­ne­ments-là. On est obli­gés de « mettre en ques­tion » puis­que c’est nou­veau. Celui qui apporte quel­que chose de nou­veau ne doit pas s’en excu­ser. Il ne va pas dire chaque fois « excu­sez-moi de vous déran­ger... ». Moi, j’ai ten­dance à faire ça. Excusez-moi de vous bous­cu­ler avec des outils faits pour libé­rer la pensée – et qui me bous­cu­lent en pre­mier lieu.

Mais heu­reu­se­ment, je ne m’excuse plus de me déran­ger moi-même…

S.T. : Si l’émotion est un fil pres­que tendu, tu vas de quel côté pour attra­per le bout ? Puisqu’il y en a deux... (rires) Bon, on est un peu parti ailleurs...

R.M. : Non, non au contraire... C’est juste.

S.T. : Et par rap­port à la den­sité du tra­vail qu’on four­nit, plus par­ti­cu­liè­re­ment le tra­vail de Richard sur toutes ses lec­tu­res sur les révo­lu­tions huma­nis­tes qui sont choi­sies comme point de départ ou point englo­bant, la scène est un moment par­ti­cu­lier pour lui aussi parce qu’il est à la fois dans le chant lead, dans l’inte­rac­tion avec le public, dans une forme de res­ti­tu­tion qui n’est pas tout à fait la même que Guillaume, Chouchou et moi. Oui, on est musi­ciens, on va inter­pré­ter mais on ne va pas se char­ger d’expli­quer avec la parole ce qu’on est en train de faire. Donc Richard porte une autre res­pon­sa­bi­lité. Son tra­vail, vous – le public – pouvez le retrou­ver sur le site d’ANTIQUARKS.

On avait déjà pu le remar­quer dans le livret du Moulassa...

S.T. : Le livret du Moulassa contient en effet des his­toi­res écrites. Par exem­ple, pour le mor­ceau Nar, des hommes mûrs toua­regs réflé­chis­sent sur les pro­blè­mes qu’ils ren­contrent avec leurs jeunes autour d’un feu, dans le désert, en buvant du thé. Pour Vatoum Vété, on est dans une méga­pole bré­si­lienne cons­truite en pleine forêt avec les ghet­tos des riches.

Sur Cosmographes, le livret est un ensem­ble de tableaux, sans texte. En fait, il est très dense, mais il n’y a pas d’expli­ca­tion. Rendez-vous sur le site pour les illus­tra­tions !

R.M. : Les his­toi­res ten­tent de res­ti­tuer l’exal­ta­tion et l’émotion des révo­lu­tions huma­nis­tes. Mais com­ment le faire avec des illus­tra­tions gra­phi­ques ? Céline TOSI a fait une com­po­si­tion, certes de gra­phiste, mais en même temps une com­po­si­tion artis­ti­que dans le sens où elle s’ins­pire de cou­leurs, d’éléments, de signes, de sym­bo­les qui for­ment un ensem­ble cohé­rent, comme une toile. L’idée, c’est ça. En explo­rant le site, on pense aux pein­tres, phi­lo­so­phes, astro­no­mes, mathé­ma­ti­ciens ; aux artis­tes et huma­nis­tes de la Renaissance.

Seb par­lait d’épurer, c’est un peu ça... Il y a tou­jours le rap­port entre le ciel, peut-être la stra­to­sphère, et la Terre, c’est-à-dire le rap­port entre le monde ter­res­tre et le monde céleste, mais en gar­dant les pieds sur Terre. Sans aller com­plè­te­ment dans l’espace froid et inquié­tant.

S.T. : On observe le ciel.

R.M. : Voilà. On a les pieds sur Terre mais on regarde l’Univers pour se donner une chance de se décen­trer.

S.T. : Que ce soit sur la musi­que ou le tra­vail gra­phi­que, on peut avoir une lec­ture tout à fait simple de la musi­que, se dire qu’on peut la mettre dans une soirée et dis­cu­ter entre copains sans for­cé­ment se rendre compte de ce qui est en train de se jouer dans la musi­que. Et je pense que c’est pareil avec le livret. Des gens qui sont habi­tués à lire des tableaux, à mettre des choses en lien, ver­ront beau­coup de choses. Pour ceux qui ont besoin d’être accom­pa­gnés, on trouve une visite guidée sur le site.

Les révo­lu­tions huma­nis­tes sont des révo­lu­tions sym­bo­li­ques

Il y a donc plu­sieurs niveaux de lec­ture de votre musi­que et de la démar­che qui la motive. Il faut creu­ser pour y voir le lien avec les révo­lu­tions phi­lo­so­phi­ques, scien­ti­fi­ques, huma­nis­tes...

R.M. : Tout à l’heure, je par­lais des révo­lu­tions huma­nis­tes, mais ce n’est pas que ça. Il s’agit aussi de parler des révo­lu­tions sym­bo­li­ques. Les révo­lu­tions sym­bo­li­ques sont des mises en ques­tion radi­ca­les (et sal­va­tri­ces) de formes domi­nan­tes de pensée. Elles opè­rent des chan­ge­ments dans la manière de penser. Elles auto­ri­sent l’artiste – ou qui­conque – à se libé­rer d’une « pensée toute pensée ». Comme le dit par ailleurs BOURDIEU, le tra­vail socio­lo­gi­que invite à se rendre maître d’une méthode de pensée.

Les révo­lu­tions sym­bo­li­ques sont en fait des luttes éthiques et esthé­ti­ques qui ne se voient pas, ou peut-être pire, qu’on croit voir mais sur les­quel­les on fait un contre-sens. Comme, par exem­ple, le tra­vail de BAUDELAIRE et de FLAUBERT. La vio­lence qui a été faite sur leurs œuvres, et par­ti­cu­liè­re­ment sur Les Fleurs du mal et sur Madame Bovary, c’est quand même d’avoir été condam­nées à tort, civi­le­ment, juri­di­que­ment, par une société bien pen­sante com­po­sée de jour­na­lis­tes, de poli­ti­ques, d’artis­tes même !! Une révo­lu­tion sym­bo­li­que est une révo­lu­tion qui va vrai­ment pro­fon­dé­ment, qui dévoile, sauve les phé­no­mè­nes et trans­gresse les limi­tes du bien-pen­sant.

C’est exac­te­ment comme la vio­lence sym­bo­li­que, elle ne se voit pas non plus. Et pour­tant, elle est pré­sente dans notre manière de voir, de regar­der, de se com­por­ter tous les jours dans les rap­ports qu’on a entre homme-femme, admi­nis­tra­tion-immi­gra­tion, etc. Tous ces rap­ports entre le sujet et l’objet.

Quel objet le sujet sert-il ? Je me suis formé à voir toutes ces choses qui ne se voient pas, et l’indi­gna­tion que je porte me donne une force qui sert à com­po­ser, donc à être au ser­vice d’une éthique de la com­po­si­tion. Il va fal­loir que je finisse par l’accep­ter, en fait ! (rires)

Ça ne doit pas être tou­jours facile...

R.M. : C’est vrai, ce n’est pas tou­jours évident à vivre. Il suffit de dire par exem­ple qu’on se sent artiste pour enten­dre « tu ne dois pas dire ça. C’est les autres qui te le disent. » C’est bien dom­mage quand même ! On fait tous sem­blant de l’être et quand un artiste tra­vaille à le deve­nir, il n’est pas auto­risé à en parler ! C’est de la vio­lence !

Parce que je pense que pour affir­mer qu’on est « artiste », il faut tra­vailler l’argu­men­taire. S’ouvrir et étudier. Or, nous ne sommes pas, ou plus, dans un monde de pensée spé­cu­la­tive, c’est-à-dire de pensée de dis­cus­sions. On ren­contre plus de détrac­teurs que de vrais enne­mis. Moi j’aime les vrais enne­mis ; si JAURES était là aujourd’hui, le vrai ennemi, ce serait SARKOZY. Ça, ce sont de vrais enne­mis. Et encore, en disant cela je me trompe, parce que, quel­que part, SARKOZY est un homme sans culture, un par­venu sans culture, donc ce ne serait pas un vrai ennemi. Le vrai ennemi de JAURES, ce serait l’ennemi de son époque, c’est-à-dire la pensée natio­na­liste. Bref, je m’égare un peu mais pas tout à fait.

Donc, cette révo­lu­tion sym­bo­li­que, c’est MANET en pein­ture, c’est plein d’autres ailleurs. On les trouve sou­vent dans l’art, en fait, ces révo­lu­tions. Dans l’art ou dans la science. Dans la socio­lo­gie aussi. En pleine période colo­niale, à la fin du XIXe siècle, il y a eu quand même la créa­tion de la socio­lo­gie fran­çaise qui condam­nait le colo­nia­lisme.

C’est toutes ces choses qui sont impor­tan­tes à com­pren­dre et à uti­li­ser dans la pra­ti­que artis­ti­que. Je rêve d’un moment où les artis­tes et les intel­lec­tuels vont vrai­ment se mettre à dis­cu­ter serei­ne­ment et concrè­te­ment. Oui, dis­cu­ter. Ça ne veut pas dire qu’il faut tous avoir les mêmes réfé­ren­ces, mais au moins poser des idées un peu plus hautes, plus objec­ti­ves, pour l’esprit humain. Sinon, ça ne décol­lera jamais, et on par­ti­ci­pera à la dis­pa­ri­tion pure et simple d’un contre-pou­voir néces­saire.

Une musi­que qui entend libé­rer et fédé­rer

R.M. : Pour se débar­ras­ser des pré­ju­gés et de l’auto­cen­sure que nous pra­ti­quons, il faut pou­voir dépas­ser les goûts sub­jec­tifs tota­li­tai­res et nar­cis­si­ques de nos élections affec­ti­ves et trans­cen­dan­ta­les.

Votre musi­que serait donc à appré­hen­der comme une entre­prise des­ti­née à bous­cu­ler les pré­ju­gés, voire les cons­cien­ces tout court ?

R.M. : Notre musi­que se situe vrai­ment dans un espace de libé­ra­tion. Écouter ANTIQUARKS, c’est être libre. Pourquoi ? Parce qu’on ne fait pas de mau­vais coups. Créer un nou­veau style, c’est ne pren­dre la place de per­sonne. On ne va pas passer notre temps à faire de mau­vais coups aux autres pour passer devant. On ne passe pas devant ; on est ailleurs.

Je pense que ça devrait servir d’arme à beau­coup d’artis­tes qui vou­draient tirer leur épingle du jeu, être vrai­ment ori­gi­naux en évitant la vic­ti­mi­sa­tion, la malé­dic­tion, la culpa­bi­li­sa­tion, toutes ces choses qui sont des pièges dans le déve­lop­pe­ment d’un art – je dirais « his­to­ri­que ». Être le ser­vi­teur de quel­que chose.

En ser­vant quel­que chose, ce n’est pas moi qui dis tout ce que je dis. Je par­ti­cipe à dire ce qui est. En même temps, j’attends l’exci­ta­tion des dis­cus­sions qui pour­raient s’opérer dans les milieux intel­lec­tuels ou alter­na­tifs. Être un artiste, c’est avoir des enga­ge­ments ailleurs, et par­ti­cu­liè­re­ment dans le monde intel­lec­tuel. Étant donné que les artis­tes et les intel­lec­tuels sont aujourd’hui des métiers en crise, ne feraient-ils pas mieux de se mettre ensem­ble pour essayer de com­bat­tre un ennemi commun, celui qui détruit pure­ment et sim­ple­ment les avan­cées déter­mi­nan­tes de l’esprit humain ?! Je pense au texte « Pour un cor­po­ra­tisme de l’uni­ver­sel » pro­posé par BOURDIEU dans Les Règles de l’art.

Il faut écrire sur son monde, et ne pas seu­le­ment orga­ni­ser des concerts. Écrire, c’est choi­sir un mode de com­mu­ni­ca­tion his­to­ri­que fort. Marquer son temps.

Mais que les choses soient clai­res ! Je ne pro­fite pas d’ANTIQUARKS pour convain­cre. Je ne pro­fite pas d’être le col­la­bo­ra­teur de Sébastien pour lui impo­ser quoi que ce soit. En revan­che, j’impose une exi­gence de l’émotion et de la beauté. En matière de pro­po­si­tion, on a connu pire quand même ! (rires)

C’est une prison dorée...

S.T. : De plu­sieurs pièces, c’est déjà pas mal !

R.M. : (rires) Et de plu­sieurs siè­cles…

Et le disque, c’est un jalon, une arme, un anti­dote... ?

R.M. : C’est indis­pen­sa­ble. Si je devais faire une com­pa­rai­son, un album, c’est comme un ouvrage ; et un concert c’est comme un arti­cle. Multiplier les arti­cles, mul­ti­plier les ouvra­ges, pour lais­ser des traces... Là aussi, c’est quel­que chose de... je ne dirais pas per­son­nel, mais tous les gens sur les­quels je tra­vaille, ou à partir des­quels je tra­vaille, ou contre les­quels je tra­vaille, c’est-à-dire les auteurs, ont beau­coup pro­duit, ont beau­coup écrit. Ce n’est pas pour rien. Ça me fait penser à la phrase de DESCARTES qui dit, en gros, que c’est qua­si­ment la même chose de conver­ser avec les Anciens que de voya­ger.

Je pense que l’artiste doit pro­duire beau­coup, fabri­quer beau­coup et pas seu­le­ment pour lais­ser des traces mais pour être cri­ti­qué aussi. Pour qu’il y ait, encore une fois, de vrais enjeux iden­ti­fiés. Plus on va pro­duire, et plus on va lais­ser de traces pour les géné­ra­tions futu­res. Et donc pou­voir leur offrir la pos­si­bi­lité de pos­sé­der de bonnes bases cri­ti­ques. C’est-à-dire qu’on ne cri­ti­que quelqu’un que lorsqu’on se base sur ce qu’il pro­duit, et pas seu­le­ment sur des sen­ti­ments ou des sen­sa­tions. Par exem­ple, tous les gens qui cri­ti­quent BOURDIEU sans l’avoir lu, ça me fait bien rire ! Mais en même temps, il n’y a que moi que ça fait rire puis­que tout le monde s’en fout. Je pense que tu com­prends Seb, par rap­port à ça. Plus on va pro­duire, plus on va lais­ser la pos­si­bi­lité d’être cri­ti­qués, d’être cités, la pos­si­bi­lité d’être consi­dé­rés.

S.T. : Déjà, s’il y a eu des cri­ti­ques, c’est qu’il y a eu un regard a priori assez long pour regar­der. Donc il est inté­res­sant pour nous d’avoir des retours, quels qu’ils soient. Par contre, les faux retours qui ten­tent de mettre à l’écart, ce n’est pas inté­res­sant.

Ta ques­tion sur « qu’est-ce que le disque ? » : je pense que plus que dans la majo­rité des grou­pes, ANTIQUARKS, si on était des pein­tres, la toile ne serait jamais sèche, en fait. Alors oui, peut-être que sur le disque, elle est sèche ! Mais pour les concerts, on reprend la toile du disque et on la réa­mé­nage.

R.M. : … par le biais de l’expé­rience du disque en tant que repère et ce qu’on devient en tant qu’inter­prè­tes aussi. C’est ça qui donne tou­jours l’impres­sion ou la sen­sa­tion que la toile est mouillée, peut-être. C’est que dans notre musi­que, il y a de la place pour la réin­ter­pré­ta­tion. Notre musi­que est fabri­quée pour ça.

S.T. : Et donc elle est d’autant plus sen­si­ble, aussi.

Vous pour­riez pres­que faire plu­sieurs dis­ques avec le même réper­toire, au fond ?

S.T. : En quel­que sorte. D’ailleurs, sur scène, nous rejouons des mor­ceaux du pre­mier album, Le Moulassa, mais tous les quatre. Ils ont vrai­ment été ren­for­cés, colo­rés, dyna­mi­sés.

Le fait d’être passé de duo à quar­tet, était-ce dans l’idée que cette musi­que puisse être écoutée par d’autres, par un public plus large ?

R.M. : Oui, oui, com­plè­te­ment. En même temps, on ne peut pas tota­li­ser dans un même disque un goût uni­ver­sel à la KANT. C’est-à-dire affir­mer que tout ce qui est beau est ce qui plait uni­ver­sel­le­ment. Là, non. Comment trans­for­mer les goûts, en fait ? C’est un sacré pro­gramme. Et qui dit « sacré » touche aux tabous de la pos­ses­sion. Volontairement, oui, c’est un album qui a envie de tou­cher plus de gens quan­ti­ta­ti­ve­ment, mais en même temps on est dans un monde où la musi­que est un peu tota­li­taire. On écoute la musi­que tout le temps, n’importe quand, par­tout, n’importe où. Elle existe en dehors des concerts...

SCHÖNBERG s’est inquiété énormément de l’arri­vée du micro­sillon. Il disait « non, le concert, c’est le concert. Qu’est-ce qu’on va enre­gis­trer... ? ». Ça, c’était l’inquié­tude des pre­miers temps de la pro­duc­tion pho­no­gra­phi­que. En effet, on ne peut pas se conten­ter du disque pour plaire à tout le monde. C’est très com­pli­qué, ça. Bon gré mal gré, il existe des goûts clas­sés et clas­sants ! Quand je dis que la musi­que est tota­li­taire, voilà. Il n’y a plus d’auteurs, de révo­lu­tion sociale d’iden­ti­fi­ca­tion éclairée. On veut des styles, des genres et il y a des « clans » ou des « tribus » pour repro­duire cette concep­tion.

Il n’y a plus l’exci­ta­tion de décou­vrir l’auteur ou le com­po­si­teur. Les images ont la force de nous faire croire que chacun pos­sède le pou­voir créa­teur du « yes we can » et du « do it your­self » menant irré­mé­dia­ble­ment au « fast thin­king »

L’atti­rance se porte sur le style. « Qu’est-ce que tu écoutes comme style ? » revient à dire « Qu’est-ce que tu aimes comme style de film, comme style de jeu vidéo, comme style de lit­té­ra­ture, comme style por­no­gra­phi­que ? » Ça va par­tout, quoi ! Ce n’est pas l’auteur. L’art est en train de reve­nir à ce que les artis­tes « moder­nes » avaient réussi à éliminer après le Moyen-âge : l’ano­ny­mat. L’artiste n’a plus de nom, sa signa­ture n’a plus de sens ! Aujourd’hui, on est en train de retrou­ver cet ano­ny­mat. Dans le monde de la mode en revan­che, la griffe est tou­jours pré­gnante. Tout ce qui a été acquis par des luttes achar­nés est battu en brèche par le phé­no­mène « star », indice néo­li­bé­ral de la nou­velle culture mon­diale.

Alors bien sûr les gens n’y peu­vent rien, mais s’ils réflé­chis­sent un peu plus, ils vont peut-être se rendre compte qu’ils ont une res­pon­sa­bi­lité là-dedans. La res­pon­sa­bi­lité écologique com­mence par trier les déchets – et donc les erreurs – de la pensée his­to­ri­que !

En même temps, il y a un côté haras­sant à tout ça. Pour faire accep­ter une ori­gi­na­lité aujourd’hui, l’artiste doit d’abord paraî­tre sym­pa­thi­que de façon à être appré­cié pour ce qu’il donne à voir, la repré­sen­ta­tion, l’image. La convic­tion naïve peut aider par­fois.

Valider un espace d’expres­sion artis­ti­que

S.T. : Et puis, ce n’est que le deuxième album ! C’est-à-dire qu’on est en train de penser au troi­sième, et même si on a fait un album avec MARGE DE MANOEUVRE, dans notre tête on en est au qua­trième alors que pour le public le deuxième est à peine sorti ! Il y a une forme de déca­lage entre les choses sur les­quel­les on peut tra­vailler et celles qui arri­vent. En plus de cela, entre le pre­mier et le deuxième – ce que tu disais tout à l’heure par rap­port au côté expé­ri­men­tal du duo –, on a quand même choisi la rup­ture, y com­pris avec le projet Duel, le ciné-concert. Bien sûr, on peut retrou­ver des choses expé­ri­men­ta­les dans les sons et dans les impro­vi­sa­tions. Donc for­cé­ment, on sait, avec le projet qu’on mène, que ce n’est pas en deux dis­ques qu’on peut être connus. Nous fai­sons de l’expé­ri­men­ta­tion et de la théo­ri­sa­tion une unité, et non une dif­fé­rence d’un album à l’autre.

R.M. : Et puis rompre, ce n’est pas éliminer. Rompre, c’est mettre en sus­pens pour s’accor­der d’autres moments, d’autres espa­ces, et ensuite y reve­nir pour com­pren­dre la vacuité et tenter de savoir ce qu’on ne sait pas encore. C’est jouer beau­coup avec les limi­tes pour savoir où est-ce qu’on va placer l’espace, où est-ce qu’on va se placer dedans et com­ment penser ?

C’est un tra­vail haras­sant dans le sens où ce qui est très dif­fi­cile – et d’autres peu­vent se sentir ou s’ima­gi­ner à notre place – c’est de tout valo­ri­ser. En valo­ri­sant le début de notre col­la­bo­ra­tion, on tente de la « vali­der ». Avec Seb, on tra­vaille ensem­ble depuis 1999. Et nous nous appli­quons à recons­truire les impen­sés de notre his­toire de com­po­si­teur. Ça pour­rait res­sem­bler à de la jus­ti­fi­ca­tion alors que c’est un tra­vail réflexif.

Donc on valo­rise les débuts de cette his­toire de com­po­si­teurs et d’arran­geurs pour mieux être com­pris, contrô­ler aussi et mon­trer qu’être musi­cien, c’est bien autre chose que faire de la musi­que.

Le projet Duel, vous l’appré­hen­dez com­ment par rap­port aux deux albums d’ANTIQUARKS ? C’est quel­que chose qui va dans le même sens ou de com­plè­te­ment paral­lèle ?

R.M. : C’est quel­que chose qui a nourri parce qu’on a com­mencé cette créa­tion il y a deux ans, de sep­tem­bre 2009 à jan­vier 2010. En février 2010, c’était la pre­mière. En même temps on orga­ni­sait la sortie de l’album Cosmographes. Ce qui fait qu’avec l’expé­rience qu’on a eue dans le jeu avec orches­tre – parce qu’on a créé aussi la musi­que pour orches­tre, on l’a arran­gée pour orches­tre – ça nous a permis de faire des aller-retour incroya­bles d’arran­geurs et d’inter­prè­tes. Ça met plus d’espace dans la capa­cité de com­po­ser. Et quand on revient à Cosmographes après avoir arrangé pour orches­tre, le tra­vail d’orches­tra­tion dans un quar­tet devient une évidence. Ce qui fait qu’on a un réper­toire qui com­mence à être inté­res­sant alors qu’on en est qu’à notre deuxième album.

On tra­vaille actuel­le­ment avec deux pro­jets, deux spec­ta­cles qu’on mène de front. Et ça nous est arrivé dans une même soirée de jouer Cosmographes et le ciné-concert Duel.

En plus, il y a aussi notre labo­ra­toire d’expé­ri­men­ta­tion des musi­ques du monde, POLYGLOP. C’est un ate­lier de créa­tion autour des musi­ques du monde. Le « deal », c’est, en MJC, « qui que tu sois en tant qu’ins­tru­men­tiste, viens pra­ti­quer un réper­toire que tu n’as pas l’habi­tude de jouer. » « Viens placer ton son d’har­mo­nica dans la musi­que arabe ! »

S.T. : Et jusqu’au 31 jan­vier, c’est « qui que tu sois, amène ta galette des rois ! »

R.M. : C’est une bonne conclu­sion, ça !

Le tra­vail col­lec­tif : une néces­sité

Et votre struc­ture, Coin Coin Productions ?

R.M. : Toute cette aven­ture se serait essouf­flée sans Coin Coin et le tra­vail de Sarah... C’est d’abord Seb qui a pro­posé de créer une asso­cia­tion pour avoir un cadre admi­nis­tra­tif. Quand on a fait Terrains de jeu en 2002 [spec­ta­cle de danse], Seb m’avait dit : « C’est bien beau tous ces pro­jets, mais il n’y a pas de suites, pas de traces. » Tu vois, ça concerne tou­jours ce tra­vail de valo­ri­sa­tion de tra­jec­toire ! D’ailleurs, je m’adresse aussi aux jeunes qui vou­draient vivre de l’art. D’abord, créez votre art en vous struc­tu­rant, en ayant une réflexion admi­nis­tra­tive, socio­lo­gi­que de l’ins­crip­tion d’une car­rière artis­ti­que dans la société. Sans cet ensem­ble de prin­ci­pes métho­do­lo­gi­ques, ça va être dif­fi­cile de conce­voir l’aspect pro­fes­sion­nel convaincu.

Avec Sarah, on déve­loppe des choses incroya­bles, super­bes, qui nous per­met­tent aussi d’uti­li­ser nos savoir-faire, en tant qu’ensei­gnants, en tant que com­po­si­teurs, en tant qu’ani­ma­teurs – parce que Seb a fait beau­coup d’ani­ma­tions et moi aussi – c’est-à-dire tout le mélange entre le bri­co­leur et l’ingé­nieur on pour­rait dire, entre le popu­laire et le savant. Participer à des pro­jets socio-éducatifs, que nous trans­for­mons en pro­jets artis­ti­ques. On se dit OK, les jeunes ne nous connais­sent pas, mais on va créer la ren­contre pour qu’ils se ren­dent compte que le rap­port entre la média­ti­sa­tion et le vrai talent ne va pas de soi. Est-ce que ce qui n’est pas le plus effi­cace c’est en fait ce qui est caché ? C’est ce que dit BACHELARD : « Il n’y a de science que du caché. » Ou encore DURKHEIM qui dit, en par­lant de la socio­lo­gie, que l’accès à l’auto­no­mie ne peut réus­sir que si l’on renonce aux succès mon­dains.

C’est ce qui est caché qui est effi­cace. On le sait bien puis­que l’incons­cient est caché et que c’est lui qui nous mène par le bout du nez ! (rires) On le sait, on en parle ou ça se dit mais on ne l’expé­ri­mente pas, on ne le véri­fie pas. L’incons­cient est pour­tant un ami imposé qui s’invite régu­liè­re­ment dans chaque rela­tion sociale.

Bref, on tra­vaille sur une base de trois. Quelque part, c’est le « power-trio » genre POLICE, mais ver­sion bri­gade ! On se prend sou­vent la tête, on s’engueule, on ne se com­prend pas des fois ! C’est très riche, dyna­mi­que, sti­mu­lant.

S.T. : Tout à l’heure tu disais que le métier de musi­cien, ce n’est pas for­cé­ment faire de la musi­que. C’est vrai que tous les trois, dans les der­niè­res années, par­ti­cu­liè­re­ment en 2010, on a été amenés à cher­cher ailleurs pour réflé­chir. Il se trouve qu’on a des affi­ni­tés avec le Centre des musi­ques tra­di­tion­nel­les en Rhône-Alpes, qui a été en dif­fi­culté ces der­niè­res années, et on a tout sim­ple­ment par­ti­cipé très acti­ve­ment à l’écriture de leur projet de refon­da­tion, et on s’est retrou­vés tous les trois en com­plé­men­ta­rité.

R.M. : De sep­tem­bre 2009 jusqu’à juin 2010, à faire des réu­nions le diman­che...

S.T. : …à décou­vrir d’autres équipes et d’autres fonc­tion­ne­ments, et du coup for­cé­ment com­pa­rer avec notre manière de tra­vailler chez Coin Coin.

R.M. : Et voir les réac­tions par rap­port à notre boulot, mettre à l’épreuve la confiance, etc. De mon côté, j’ai porté un regard socio­lo­gi­que et réflexif sur cette expé­rience. J’ai mal­heu­reu­se­ment cons­taté avec tris­tesse toutes les auto­cen­su­res pra­ti­quées en pleine action, les résis­tan­ces, les réti­cen­ces au chan­ge­ment. Ça nous a beau­coup appris aussi. Sans amer­tume d’ailleurs. Mais... il y a des fonc­tion­ne­ments qui sont sté­ri­les pour créer une réelle force col­lec­tive, en fait. Nous nous situons expli­ci­te­ment dans une recher­che désin­té­res­sée, dans le sens gra­tuite et experte en même temps. On a envie d’appor­ter des outils aussi, des outils effi­ca­ces à ceux ou celles qui n’arri­vent pas à bien vivre leur métier. Ce n’est pas seu­le­ment encou­ra­ger, c’est aussi ne pas avoir peur des choses réel­les, des prin­ci­pes réels qui nous font agir au quo­ti­dien dans notre métier. Comme on se frotte au monde cultu­rel avec un point de vue anthro­po­lo­gi­que et socio­lo­gi­que, on se met dans la capa­cité de dis­cu­ter de poli­ti­ques cultu­rel­les avec une agence dépar­te­men­tale, une asso­cia­tion ou mieux, qui que ce soit. On est capa­bles de dis­cu­ter parce qu’on pense leurs objets aussi.

S.T. : C’est un chan­ge­ment de point de vue, pour le coup.

R.M. : Avec le danger de nous voir comme « artis­tes », avec tous les pré­conçus sur l’artiste qui consis­tent à croire, par exem­ple, que l’artiste est très éloigné des réa­li­tés. Et que dire du savant que l’on s’ima­gine perché, à l’image de Doc dans Retour vers le futur ?! Franchement, ce n’est pas sérieux. Alors, du coup, je m’auto­rise à m’amuser de ces pré­ju­gés ; pas s’amuser dans le sens où je me moque. M’en amuser dans le sens où je sais com­ment le pré­jugé fonc­tionne. Je cons­tate des habi­tu­des contre les­quel­les on est impuis­sant parce qu’il y a une méconnais­sance de soi et une méfiance des autres... Les deux cumu­lés, ça pèse lourd dans la balance de l’erreur. Quel dom­mage ! Et quelle erreur aussi de se frot­ter à des situa­tions de pou­voir sans réflexi­vité. Ce n’est pas avec ce type de pos­ture ou d’atti­tude qu’on peut espé­rer chan­ger la société. Sous-entendu : oui, il faut chan­ger la société ! Trop de pré­sup­po­sés redou­ta­bles, d’auto­cen­sure. C’est ter­ri­fiant, triste. Mais loin d’être tra­gi­que…

Bon, ça ira, non ?!

Oui, ça devrait !

R.M. : Merci Stéphane et vive ETHNOTEMPOS !

S.T. : Merci beau­coup.

Site : www.anti­quarks.org

Propos recueillis et trans­crits par Stéphane Fougère – Entretien relu par Richard Monségu


Alerte, les Cosmographes ont débar­qué ! Comment ça ? David Vincent ne les a donc point vus ? Tout a pour­tant com­mencé en 2006 par l’atter­ris­sage d’un vais­seau fli­bus­tier spa­tial, le « Moulassa », conduit par un « duo de par­ti­cu­les » répon­dant aux noms ter­res­tres de Richard MONSÉGU et Sébastien TRON, res­pec­ti­ve­ment voca­liste, bat­teur et per­cus­sion­niste et joueur de vielle à roue électroacoustique, cla­vié­riste et voca­liste. Le pre­mier est un féru de phi­lo­so­phie et de socio­lo­gie (qu’il ensei­gne), et l’autre a été éduqué dans le grand bain des musi­ques tra­di­tion­nel­les fran­çai­ses. C’est l’action com­bi­née de ces deux (id)enti­tés qui ont donné nais­sance à ANTIQUARKS, les quarks étant des cons­ti­tuants de la matière. Et quand un duo d’anti­ma­tière débar­que sur Terre, la fis­sion/fusion est iné­luc­ta­ble, don­nant alors nais­sance à une forme d’expres­sion « inter­ter­res­tre ».

Le Moulassa fut donc l’entrée en matière. Le dis­po­si­tif était plutôt mini­ma­liste : chants, vielle à roue et bat­te­rie/per­cus­sions. Mais les col­leurs d’étiquettes ont vite jeté l’éponge : ce n’était assu­ré­ment pas de la musi­que tra­di­tion­nelle, et pas vrai­ment de la fusion world telle que la conçoi­vent les pro­duc­teurs mer­can­ti­les. Et pour­tant, la « world », le Monde, c’est tout ce qu’ANTIQUARKS explore de long en large et de fond en comble, des step­pes mon­go­les au désert du Sahara, en pas­sant par les Caraïbes et la Réunion...

Malaxant la map­pe­monde des musi­ques d’ailleurs, d’hier et d’aujourd’hui, ANTIQUARKS verse dans l’extra­po­la­tion des métis­sa­ges, via un savant brouillage, voire un enfu­mage, des pistes trop damées.

Explorant tout le poten­tiel soni­que de sa vielle à roue électroacoustique, Sébastien TRON aligne les pro­jec­tions illu­sion­nis­tes comme des perles, ache­vant, après les Valentin CLASTRIER, Dominique REGEF et Gilles CHABENAT, de muter son mons­tre rus­ti­que en créa­ture moderne, sans amoin­drir sa rudesse. De son côté, Richard MONSÉGU mul­ti­plie les lan­gues, au point d’engen­drer une langue ima­gi­naire (l’ombre de MAGMA n’est pas loin..). Et quand les voix de Richard et de Sébastien s’entre­la­cent, leurs élans incan­ta­toi­res ren­voient aussi le spec­tre des grou­pes soul et funk des années 1970. Très vite, la démar­che du groupe lui a valu d’être qua­li­fié d’OWNI (Objet world non iden­ti­fia­ble).

Depuis, le duo de par­ti­cu­les a muté en « quar­tet de cos­mo­gra­phes », avec l’arri­vée du bas­siste Jean Claver TCHOUMI (« Chouchoubass ») et du cla­vié­riste, gui­ta­riste et cor­niste Guillaume LAVERGNE. Le terme « cos­mo­gra­phes », emprunté au grec ancien via le latin, dési­gne ceux qui obser­vent les astres, se livrent à une des­crip­tion astro­no­mi­que de l’uni­vers. Tout comme le Moulassa s’aven­tu­rait dans le cou­loir du temps et le laby­rin­the des espa­ces, les cos­mo­gra­phes inter­ro­gent l’Histoire des cultu­res, des idées, des hommes, du moins de ces hommes qui ont déclen­ché des révo­lu­tions, des renais­san­ces dont l’huma­nité avait besoin pour s’émanciper.

Et même si le groupe avance pour ce nouvel album l’appel­la­tion « pop inter­res­tre », c’est une fois encore en pui­sant dans les cultu­res afri­cai­nes, euro­péen­nes et moyen-orien­ta­les qu’il ali­mente sa vision artis­ti­que. Sauf que les pistes se brouillent selon que l’on envi­sage les choses du point de vue de l’évocation des titres, des trou­vailles ryth­mi­ques de Richard MONSÉGU ou des illu­sions sono­res que génère la vielle à roue de Sébastien TRON. Le titre Ibn Isefra semble ainsi com­bi­ner la poésie kabyle et l’islam alors que la vielle ren­voie un son de rebab moyen-orien­tal, et on se gar­dera bien de vous dire en quelle langue chante Richard ! Le titre Bayaertu vous paraît évoquer la Sibérie ou la Mongolie ? Son rythme serait plutôt d’ins­pi­ra­tion bré­si­lienne ! Alors que la vielle dans Epaming Astra ren­voie le spec­tre d’un luth mongol... Et ce chant, déci­dé­ment inlo­ca­li­sa­ble, qui résonne des inflexions d’un Stevie WONDER, ou de tant d’autres voix de légende des années 1970.

De plus, l’intro­duc­tion de cla­viers, de gui­ta­res basse, acous­ti­que et électrique et du cor d’har­mo­nie (!) rend immé­dia­te­ment le son d’ANTIQUARKS plus fami­lier, plus actuel et uni­ver­sel, d’autant que la vielle à roue n’est plus l’unique ins­tru­ment soliste cen­tral. ANTIQUARKS s’est bel et bien forgé un son de groupe aux arran­ge­ments cise­lés.

Au fond, cette pop inter­ter­res­tre a, toutes pro­por­tions gar­dées, plus d’affi­ni­tés avec les cons­truc­tions épiques et concep­tuel­les de cer­tains opus jazz-rock et pro­gres­sif des années 1970, dégrais­sées de leurs pré­ten­tions empha­ti­ques, aux­quel­les sont sub­sti­tuées des lignes sou­ples, des déve­lop­pe­ments colo­rés... Chaque mor­ceau prend la forme d’une mini-suite dont les dif­fé­ren­tes par­ties sèment de mul­ti­ples visions et impres­sions.

Qu’on se ras­sure donc, ce virage soi-disant « pop » n’écorche abso­lu­ment pas la cause esthé­ti­que poly­mor­phe et plu­rielle que reven­di­que ANTIQUARKS. Sa musi­que conti­nue d’échapper aux caté­go­ries pré­dé­cou­pées ; et s’il fal­lait vrai­ment la qua­li­fier, on peut parler d’une « World pro­gres­sive » qui convie à noma­di­ser l’esprit et les sens.

Stéphane Fougère - Ethnotempo - 01/05/2011


L’Intermède est un site d’actua­lité cultu­relle et uni­ver­si­taire, en France et à l’étranger, lancé à l’été 2009. La rédac­tion compte aujourd’hui 30 jour­na­lis­tes et uni­ver­si­tai­res, réunis autour d’une même envie d’abor­der l’actua­lité cultu­relle en rom­pant avec le rythme habi­tuel des publi­ca­tions sur inter­net pour pri­vi­lé­gier l’ana­lyse en pro­fon­deur autour de trois mots d’ordre : Couvrir de nom­breux événements à l’étranger // Offrir un espace de publi­ca­tion inédit pour des événements uni­ver­si­tai­res // Envisager la culture dans sa diver­sité, en ne pri­vi­lé­giant pas le cinéma, la musi­que, la lit­té­ra­ture ou la pein­ture mais en accor­dant une place de choix à la danse, au design, au dessin, à la pho­to­gra­phie, à la sculp­ture, aux séries télé­vi­sées, aux comé­dies musi­ca­les, à l’archi­tec­ture...

Bonne lec­ture !

Antiquarks, particules libres

Un esca­beau trône au milieu de la scène du théâ­tre de La Reine Blanche, à Paris. De nom­breu­ses mains s’affai­rent pour tout mettre en place : mar­qua­ges au sol, retours, éclairages. Le vais­seau d’Antiquarks va bien­tôt atter­rir. Entre les pupi­tres, la petite lampe fron­tale de Sébastien Tron, second pilote, s’agite et des­sine des cir­convo­lu­tions aux côtés de Richard Monségu. Jean-Claver Tchoumi, bat­teur et gui­ta­riste, sur l’aile gauche de l’appa­reil, revisse sa cas­quette rouge sur ses oreilles tandis que Guillaume Lavergne, le touche-à-tout du quar­tet en poste à l’aile droite, par­ti­cipe aux der­niers régla­ges. Bientôt réson­nera leur der­nier album, Cosmographes. Alors que le groupe est en tour­née dans toute la France, une visite du vais­seau s’impose.

Il n’y a pas à s’en faire, les cos­mo­gra­phes par­lent le fran­çais et sont de très bons guides. Il en faut, pour s’aven­tu­rer dans l’espace ver­ti­gi­neux ouvert par la musi­que d’Antiquarks. Depuis plu­sieurs années, le duo fon­da­teur, formé par Richard Monségu et Sébastien Tron, com­pose des par­ti­tions qui n’aiment pas les caté­go­ries. A mi-chemin entre les musi­ques du monde et le jazz, Antiquarks est un labo­ra­toire où se com­pose une "pop inter­ter­res­tre" dont vient témoi­gner Cosmographes, deuxième album de ces savants fan­tai­sis­tes qui pren­nent tous les che­mins pos­si­bles. L’orgue et le choeur de "Perspicilli" sont délo­gés plage sui­vante par la voix métal­li­sée de Richard Monségu, plon­geant "Epaming Astra" dans un climat bré­si­lien popu­laire. La cadence vive d’ "Ibn Isefra" pro­pulse tout de go sur un vélo pour une virée dans les rues d’Alger, avant de se repo­ser sur "Philia" ou de se lais­ser bercer par les infra­sons océa­ni­ques d’ "Orlanda". Ce n’est pas du latin, mais bien un nou­veau lan­gage au ser­vice d’une fic­tion.

Une "musi­que de fic­tion, c’est une vue de l’esprit" expli­quent Richard Monségu et Sébastien Tron. Jamais les artis­tes ne repren­nent telles quel­les les tra­di­tions musi­ca­les dont ils s’ins­pi­rent. Mais ils sui­vent si bien le mot de Guy de Maupassant selon lequel "faire vrai consiste à donner l’illu­sion com­plète du vrai", que les récits mélo­di­ques d’Antiquarks sem­blent bel et bien enra­ci­nés dans toutes les cultu­res du monde. "La musi­que de fic­tion, c’est autant une façon de com­mu­ni­quer pen­dant l’acte de créa­tion, pen­dant les répé­ti­tions, qu’une volonté de donner de la cohé­rence à un album en docu­men­tant notre ima­gi­na­tion", raconte Sébastien Tron. Le quar­tet tra­vaille à partir d’une image ou d’un thème, che­vau­che à tra­vers la steppe ou ima­gine ce qu’aurait été un groupe monté par Robert Smith, leader des Cure, s’il était né en Algérie. Les artis­tes ont quar­tier libre pour se donner tous les contex­tes pos­si­bles, qu’ils malaxent ensuite sous le regard érudit de Richard Monségu. Car le ludi­que ne doit jamais céder à la faci­lité. Sociologue de for­ma­tion, le per­cus­sion­niste a l’exi­gence d’acti­ver l’ima­gi­na­tion de l’audi­teur plutôt que de lui faire consom­mer des images. Animé par l’ambi­tion d’embras­ser un grand nombre de cultu­res, ces "dif­fé­ren­tes façons d’obser­ver le ciel", le musi­cien cher­che de quoi créer d’autres contem­pla­tions. "Comment vivre toutes les vies ? Comment com­pren­dre tous les points de vue pos­si­bles ? C’est ça, la fic­tion."

Fictions qui pren­nent corps à tra­vers un ensem­ble d’ins­tru­ments mar­gi­naux. Mais la vielle à roue de Sébastien Tron, la cithare ou le cor d’har­mo­nie de Guillaume Lavergne ne s’impo­sent pas parce qu’ils seraient plus exo­ti­ques : chacun doit être mis au ser­vice de la musi­que avant tout. Il s’agit de neu­tra­li­ser les sons qui per­met­tront de mieux raconter une his­toire. "Neutraliser n’est pas médu­ser mais sus­pen­dre", pré­cise Richard Monségu. Dans le labo­ra­toire d’Antiquarks, le son est arra­ché à son contexte d’ori­gine, exploré, exploité, enfin, pour contri­buer à créer un nou­veau réper­toire et de nou­veaux modes de jeux. Devant la vielle à roue, ins­tru­ment vieux de plu­sieurs siè­cles, Sébastien Tron s’appli­que à un patient tra­vail, "sur le son, les sam­ples, les struc­tu­res sono­res". Pour un résul­tat à la fois sin­gu­lier et natu­rel, puis­que le timbre acous­ti­que des cordes frot­tées répond à la voix cha­leu­reuse de Richard comme un véri­ta­ble par­te­naire. Le tout porté par la basse piquée de Jean-Claver Tchoumi, dit "Chouchoubass", et les syn­thé­ti­seurs ana­lo­gi­ques de Guillaume Lavergne.

Peu de sons sem­blent étrangers aux musi­ciens d’Antiquarks. Et pour cause. Particulièrement marqué par les musi­ques extra-euro­péen­nes, Richard Monségu est sen­si­ble à toutes les voix et toutes les lan­gues. Foisonnement et décou­ver­tes dont il n’est jamais ras­sa­sié : "Il y a autant de musi­ques que de lan­gues. C’est véri­ta­ble­ment fas­ci­nant, non pas pour en faire un objet de musée mais, au contraire, pour l’uti­li­ser et rendre hom­mage, de manière invi­si­ble." Pour com­pren­dre les textes de cette révé­rence aux "musi­ques de l’alté­rité", il faut pous­ser la petite porte au fond du labo­ra­toire, qui mène à la biblio­thè­que du socio­lo­gue. C’est là que s’élabore libre­ment une non-langue dont il a le secret. Considérant son organe vocal comme un ins­tru­ment à part entière, Richard Monségu imite, cher­che, module les sons. Attentif depuis plu­sieurs années à toutes les com­bi­nai­sons pos­si­bles et aux lignes mélo­di­ques qui en émergent, le musi­cien dis­pose aujourd’hui d’une banque de sons qu’il sol­li­cite de façon plus ou moins impro­vi­sée ou écrite. Sans com­mune mesure avec une cons­truc­tion telle que l’espé­ranto ou le sin­da­rin des Elfes Gris de J.R.R Tolkien, le dia­lecte arti­fi­ciel d’Antiquarks rap­pelle plus volon­tiers, dans l’esprit, le volanska de Jón Þór Birgisson, leader du groupe islan­dais Sigur Rós.

Il s’agit de créer de l’émotion à partir de sons venus d’ailleurs et d’ici, d’une langue qui n’appar­tient à per­sonne et donc à tous. Pour le socio­lo­gue, "créer de l’émotion est une lutte", un combat contre un cer­tain "tota­li­ta­risme musi­cal" pour par­ve­nir à tou­cher grâce à de nou­veaux prin­ci­pes har­mo­ni­ques. Derrière les livres et les par­ti­cu­les pousse la petite maxime du Tractacus de Ludwig Wittgenstein : "Ethique et esthé­ti­que sont une." Le souf­fle court qui ouvre et bat la mesure de "Cosmographes", pre­mier titre de l’album éponyme, raconte peut-être quel­que chose de ce débat avec "une forme de mon­dia­li­sa­tion qui ne res­pecte pas les par­ti­cu­la­ri­tés, les mino­ri­tés, les ano­ny­mes, l’anomie", et qui déplaît aux pas­sa­gers de ce vais­seau. Les mor­ceaux inter­ro­gent, chacun à leur façon, cette aspi­ra­tion du groupe à façon­ner un uni­ver­sel poé­ti­que, comme en témoi­gne l’inclas­sa­ble "Immensum", qui peut tour à tour être entendu comme une déam­bu­la­tion dans le sud afri­cain ou un décol­lage pour une autre cons­tel­la­tion. L’envol est en tout cas consommé sur "Philia", brève balade aux échos mul­ti­ples, rap­pe­lant les abys­ses de cer­tai­nes par­ti­tions d’Eric Serra.

Les musi­ciens ne tour­nent d’ailleurs pas le dos au cinéma. Profondément liée à l’ora­lité et à une pra­ti­que de la poly­ryth­mie - jouer simul­ta­né­ment plu­sieurs par­ties ryth­mi­ques de por­tées dif­fé­ren­tes -, la musi­que d’Antiquarks se prête volon­tiers à l’arran­ge­ment orches­tral. C’est ainsi que revit Duel, pre­mier film de Steven Spielberg (1971), habillé de notes nou­vel­les pen­dant la for­mule ori­gi­nale d’un ciné-concert. Né d’un tra­vail sub­stan­tiel sur la bande ori­gi­nale, l’accom­pa­gne­ment s’ins­pire également d’autres musi­ques du monde ciné­ma­to­gra­phi­que. Tandis que dans l’ombre, et aux côtés de ses par­te­nai­res inter­prè­tes, Sébastien Tron valo­rise de nou­veaux éléments sono­res. Cette créa­tion, à laquelle a sou­haité s’asso­cier l’orches­tre de l’Ecole Départementale de musi­que d’Ardèche pour cer­tai­nes repré­sen­ta­tions, illus­tre la diver­sité des pro­jets chers au groupe et sa pos­ture artis­ti­que, inti­me­ment liée à un souci de trans­mis­sion qui ne soit pas néces­sai­re­ment tri­bu­taire de l’ensei­gne­ment. L’enga­ge­ment est là, aussi, comme l’expli­que le musi­cien : "Essayer de faire col­la­bo­rer des struc­tu­res entre elles, des pro­gram­ma­teurs, des écoles de musi­que, des média­thè­ques…" Et si cela fonc­tionne, c’est que les créa­tions d’Antiquarks ont toute leur place dans le réper­toire contem­po­rain. Le petit com­par­ti­ment des sou­ve­nirs, mitoyen à la biblio­thè­que de Richard, en témoi­gne, plein des ren­contres dont les musi­ciens ont été les com­pa­gnons de route, élèves, dan­seurs, et autres chan­teurs.

"Le public est le quark et nous sommes l’anti­quark". L’ins­crip­tion est grif­fon­née sur un mur du vais­seau. Lorsque Sébastien Tron, parti de son patro­nyme et de son bagage scien­ti­fi­que pour nommer la nou­velle troupe, com­mence à gra­vi­ter dans les par­ti­cu­les élémentaires et l’anti­ma­tière - un quark ne se ren­contre jamais seul mais assem­blé à son anti­par­ti­cule -, Richard Monségu entend le vers de James Joyce : "Three Quarks for Muster Mark !" Extrait du roman Finnegans Wake, le poème est déjà passé entre les mains du phy­si­cien Murray Gell-Mann qui s’en est ins­piré pour une théo­rie qui a fait sa renom­mée. Cette ren­contre du cher­cheur et de l’artiste, c’est aussi l’his­toire d’Antiquarks.

Marion Genaivre Le 21/04/11


08/04 - CULTURA (Mérignac - 33) show case
09/04 - CULTURA (Villenave d’Ornon - 33) show case
09/04 - CAFE DES MOINES (Bordeaux - 33)
10/04 - CAFE DES MOINES (Bordeaux - 33)
11/04 - CENTRE CULTUREL (La Teste de Buch - 33) ciné-concert
13/04 - ESPACE CULTUREL LECLERC (Mont de Marsan - 40) show case
13/04 -LA CHAPELLE DU CHATEAU D’AON (Hontanx - 40)
15/04 -LA SANGRIA (St Pourçain sur Sioule - 03)

Attention ERRATUM ! Le concert à la Chapelle du Château d’Aon (Hontanx - 40) se dérou­lera le 13/04 et non le 14.04. Concert excep­tion­nel dans le vil­lage natal de Richard !!!



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