Samedi 24 septembre – Le jour du concert
Le concert est programmé ce soir, à 19 heures, au Conservatoire National d’Ashgabat.
La salle est un très gros volume, qui nous fait penser à une église moderne. Il y a une réverbération naturelle de 4 secondes. Un orchestre peut y jouer au maximum un mezzo forte. Le recteur nous explique qu’il n’en existe que deux dans le monde. La seconde est en Bulgarie. Celle d’Ashgabat fut construite en 1982 pour accueillir un orgue géant (qui n’y est plus).
Comme dans tous les lieux institutionnels, il y a un immense portrait du président.
Le par-terre comporte environ 350 places, et est surplombé d’un dégradé de balcons cubiques type Lecorbusier (mais sur le tard). Le plafond est très haut, la scène est en parquet.
Bref, nous avons du pain sur la planche pour contrôler l’acoustique de cette salle d’orgue.
Nous avions déjà prévu des modifications de notre set et du répertoire à Lyon, avant de partir, grâce à des photos de cette salle.
En la visitant dans la semaine, nous avons décidé d’utiliser le piano à queue de concert Estonia qui trône au milieu de la scène même s’il est accordé trop bas (437 Hz alors que nous jouons habituellement à 442 Hz).
Nous arrivons à 12 heures. La gazelle (le camion) est bien remplie. Déchargement avec toute l’équipe du CCF. Pour s’adapter à la configuration du lieu, on décide :
- de jouer très proches les uns des autres,
- de ne pas envoyer la masse sonore habituelle,
- de ne pas utiliser de grosse caisse (de toute façon, Richard ne peut pas la jouer en ce moment),
- moins de cordes pour la vielle,
- plus de morceaux où Richard chante sur le devant de la scène
- utilisation maximum du piano acoustique pour Guillaume
Arrivée du matériel technique du loueur avec 2 techniciens très attentifs et avenants, malgré le barrage de la langue. Pour ne pas multiplier le nombre d’enceintes, nous jouerons sans retours avec une diffusion sonore derrière nous.
18h45, ouf, nous sommes prêts !
C’est l’effervescence dans les couloirs devant la porte d’entrée. Nous enfilons nos marcels et nos belles chemises blanches achetés l’après midi par Sarah au Ruska Bazar (bazar russe). Richard et Sébastien portent la Takhia turkmène sur la tête. Joker pour Guillaume, ça ne tient pas sur la gouffa !
19 heures, c’est parti. Présentation en russe de l’ambassadeur de France, puis du recteur du conservatoire. Nous voici représentants de la France au Turkménistan ! Quelques invités prestigieux au premier rang, dont l’ambassadeur d’Arabie Saoudite. L’assemblée est composée de turkmènes, de russes, de français (malgré le barbecue Bouygues qui a aussi lieu ce soir). Il y a environ 400 personnes.
La chemise et la Takhia font sensation à notre entrée sur scène. Dès les premiers morceaux, nous sentons le public à l’écoute, attentif. Les applaudissements et les cris sont chaleureux. Richard se sent bien à la voix. Elle monte en puissance au fil du concert. Le public apprécie ses interventions humoristiques entre les morceaux, traduites par notre ami russophone du CCF. L’ambiance est détendue. Le public accompagne spontanément des mains les moments les plus rythmés.
Même si tout se passe bien, nous luttons avec l’acoustique du lieu, qui nous incite souvent à interpréter notre répertoire de façon très intimiste. Les silences musicaux ont leur place ici, la nuance triple piano aussi. Nous sommes loin des salles de musiques actuelles !
Le concert se termine déjà, nous avons joué une heure et demie. Nous sommes surpris qu’il n’y ait pas de rappel, mais ici les gens rentrent tôt et nous avons joué plus longtemps que prévu. Sarah vient nous chercher très rapidement pour des séances photo cocasses, avec téléphone portables, caméras. Ça enchaîne rapidement, il y a beaucoup de sollicitations, de sourires, de plaisir. Nous sommes félicités par l’ambassadeur de France.
Rangement express avant de se rendre dans l’un des seul endroit d’Ashgabat ouvert après 23 heures, pour fêter ensemble la fin de cette intense semaine !
Dimanche 25 septembre – Les adieux
Un repos bien mérité le matin. L’après midi, nous prenons le temps de la première « vraie » visite au bazar Russe. Shopping pour certains, glandouille pour d’autres. Nous nous marrons bien avec les vendeurs, et avec l’équipe.
Pour terminer en beauté, un pot est prévu avec tous les musiciens qui ont participé aux ateliers du CCF. Nous avons amené des affiches pour les dédicacer et il y a beaucoup d’émotion. Puis la surprise : nous recevons un « Grammy » de leur part. Dessus il y a marqué : « We’ll always keep you in our hearts. Turkménistan 2011 ». Ils sont vraiment adorables !
Nous partageons des gâteaux et des plats préparés par chacun. C’est l’abondance. Certains gâteaux sont énormes, dont le fameux « snickers cakes » (rien à voir avec les snickers…). Les compliments à notre égard sont nombreux et nous les encourageons à se revoir. Au départ, la plupart ne se connaissaient pas. Des affinités se sont créées entre eux, il ne leur reste plus qu’à renouveler cette expérience. Le CCF pourrait peut-être mettre une salle à disposition. Nous en serions très heureux !
C’est le moment des adieux. Déchirants. Certains pleurent. Tout le monde est ému. Quelle aventure humaine !
C’était Antiquarks à Ashgabat. Rendez-vous très bientôt sur notre site pour le reportage vidéo d’Antoine Meyer qui nous a suivi tout au long de ce périple. Merci Antoine. Nous remercions également toute l’équipe du CCF d’Ashgabat. Leur disponibilité était très agréable et nous a touché. Enfin, nous remercions chaleureusement Sarah Battegay, notre chère manageuse et Laetitia Barbe, l’attachée culturel à l’ambassade de France.
Richard, Sébastien et Guillaume.